archive

Archives du blog

Hour-en-Famenne, 10 juin 2018

Comme nous l’avions indiqué dès le 23 mai 2018, peu après le discours sur l’état de la Wallonie, c’est bien le rôle d’un ministre-président d’oser regarder la réalité en face. Un diagnostic courageux peut constituer le point de départ d’un nouveau contrat sociétal avec les Wallonnes et Wallons, le début d’une nouvelle trajectoire.

Dans notre deuxième papier [1] consacré à ce sujet, nous souhaitons revenir sur la dynamique de transformation. Nous essayons donc de décoder le mécanisme de déni des réalités et des risques qui a longtemps prévalu dans le chef de la plupart des décideurs et acteurs wallons [2]. Ce mécanisme de déni freine systématiquement tout processus de prise de conscience puis d’action.

Plutôt qu’aux modèles de changement de Kurt Lewin [3] ou de Ronald Lippitt [4], que nous avons déjà mobilisés dans la foulée de la pensée prospective de Gaston Berger, ou encore à ceux de Richard Slaughter [5] ou d’Edgar Morin [6], c’est plutôt ici au modèle chronologique et transthéorique [7] de James Prochaska et Carlo DiClemente que nous nous référerons afin de l’utiliser comme grille de lecture [8]. Certains ne manqueront pas de nous en faire d’emblée le reproche, arguant, non sans raison, que cet outil est avant tout employé en thérapie comportementale… Mais n’avons-nous pas déjà mis en évidence les biais comportementaux wallons, autant que les attitudes constructives qui nous paraissent de nature tantôt à freiner tantôt à favoriser un redéploiement ? [9]

De de la non-implication à la finalisation

Le modèle de Prochaska et DiClemente s’applique étonnamment à la Wallonie pour comprendre comment a réagi une partie de la génération politique et sociale qui s’est installée aux affaires au début du nouveau millénaire. De plus, comme l’indique le professeur Jacques Rhéaume, de l’Université du Québec à Montréal, toute perspective psychosociologique du changement repose à la fois sur une conception psychologique du changement individuel et sur une conception du changement social [10]. En fait, cet outil transthéorique identifie six stades ou phases qui décrivent une transformation de manière itérative. Cette dernière peut aussi être souvent erratique, en connaissant et en prenant en compte les essais, erreurs, rechutes, échecs, etc. Ce processus est également attentif à la continuité du mouvement, voire au cycle du changement (Wheel of Change), ainsi qu’au maintien de ses résultats dans la durée.

La première phase, dite de pré-intention ou de non-implication (Pre-contemplation en anglais) est celle durant laquelle l’acteur n’est pas conscient de sa situation, des problèmes qui l’affectent aujourd’hui ou l’affecteront demain : il n’envisage pas le changement suite à son absence de volonté ou de capacité, il ne manifeste donc, de lui-même, aucune envie de transformation et n’est guère réceptif aux efforts et stimuli extérieurs destinés à le motiver. Toute initiative ou sursaut dans cette phase s’éteint généralement rapidement.

Durant la deuxième phase, dite d’intention [11] ou de prise en considération (Contemplation en anglais), l’acteur adhère à l’information qu’il produit ou qui lui est proposée, il prend progressivement conscience et la mesure des enjeux, des risques de non-résolution du problème ou de non-saisie des possibilités de remédiation ou de progrès. Il est dans une phase d’évaluation ex ante, mais qui est encore teintée d’incertitudes et d’indécisions. Il est peu enclin au changement concret, car il lui semble qu’il tire encore trop de bénéfices du non-changement.

La troisième phase est celle de la décision du changement (Deciding to change). Après plusieurs événements nouveaux, efforts pédagogiques ou informations innovantes qui l’éclairent et accroissent sa motivation, l’acteur se convainc d’agir, se prépare à le faire, élabore des plans, rassemble des moyens et décide finalement la transformation effective qu’il déclenchera généralement dans les six mois qui suivent.

Prochaska et DiClemente

Lors de la quatrième phase, l’action pour réaliser le changement (Active change) devient concrète et réelle. C’est le stade du changement de comportement qui amorce la transformation et crée le mouvement. L’initiative peut alors être brutale, rapide, radicale, sous forme de rupture ou produite par une montée en puissance progressive. C’est aussi la période la plus instable pendant laquelle la dynamique enclenchée risque de s’arrêter.

La cinquième phase est celle de l’adoption et de l’entretien (Maintenance), de la consolidation du changement et des comportements positifs, de la résistance aux rechutes – suite à une crise – ou encore du retour temporaire, conjoncturel, à une phase précédente, avant de reconstruire. Il s’agit bien d’une phase de poursuite du changement et non d’absence de changement.

La sixième phase est celle de la finalisation (Termination) avant d’atteindre le dégagement, c’est-à-dire l’acquisition durable de l’évolution souhaitable, du changement global. Le risque de marche arrière est passé.

Chaque phase de la théorie du changement de Prochaska et DiClemente nécessite des interventions et des stratégies spécifiques et appropriées pour passer d’un stade à l’autre : conscientisation par une information adéquate sur les opportunités et les risques ; valorisation des comportements positifs (phase de pré-intention) ; éveil par l’analyse des arguments, des différentes options et des trajectoires de changement (phase de prise en considération) ; renforcement de l’engagement en vue de passer à l’action ; préparation soignée ; déclinaison en objectifs réalisables ; recherche de partenaires et d’alliés pour s’engager (phase de décision) ; suivi, évaluation et révision des stratégies jusqu’à l’atteinte des objectifs ; valorisation des expériences – tant des progrès que des échecs – ; renforcement de la motivation (phase d’action pour réaliser le changement); entretien du dispositif et des efforts jusqu’à la consolidation (phase d’adoption et d’entretien du changement) ; stabilisation du processus et des dispositions pour en assurer la durabilité (phase de finalisation).

Prochaska et DiClemente reconnaissent que le changement implique souvent des échecs partiels, des retours en arrière, des rechutes, impliquant la nécessité de recommencer des phases, les différentes activités de soutien étant nécessaires à chaque étape.

Une Wallonie mentalement dépendante

Joli modèle, mais qu’a-t-il donc de commun avec la Wallonie ? Ce ne sont pas les addictions qui nous relient au modèle de Prochaska et DiClemente, même s’il est souvent utilisé pour analyser la manière de s’en libérer. Ce qui est probablement plus frappant, c’est le rapport entre la situation de certains acteurs wallons avec les deux premières phases dites en anglais pre-contemplation et contemplation (cités en français dans certaines traductions). Cet état qui s’assimile parfois au recueillement, à la méditation, voire à la sidération pour certains. Les Anglo-saxons utilisent d’ailleurs l’expression It is as yet only in contemplation, ce qui signifie que ce n’est encore qu’à l’état de projet. Ce sont des phases qui sont également marquées par le déni, la dénégation, c’est-à-dire le refus de reconnaître une réalité dont la perception est traumatisante ou peut avoir des effets sur le choix des actions à mener. Il faut toujours dire ce que l’on voit, écrivait Péguy dans un autre contexte, mais avec une formule saisissante restée célèbre : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit [12]. Dans la phase de pré-intention, l’acteur n’est pas réellement conscient ou ne veut pas tenir compte des conséquences à long terme de ses choix. Il va donc résister à regarder la réalité en face ou va considérer qu’un problème n’est pas un problème. Il va généralement temporiser en considérant que les effets les plus sérieux de la situation envisagée ne sont pas encore advenus et qu’il n’est pas forcé de s’en saisir. C’est un syndrome bien connu en politique et que l’on désigne par NIMTO : not in my term office : pas dans mon mandat… [13]. De ce fait, qu’il soit élu, acteur [14] ou citoyen, il va estimer que ses priorités immédiates sont ailleurs et que le moment de se mobiliser n’est pas encore venu. Néanmoins, la pression des réalités qui s’exercent sur lui – par exemple, l’augmentation des signes et symptômes de la pauvreté en Wallonie – fait naître une logique d’ambivalence, de coexistence de tendances contraires.

La prise de conscience de la nécessité d’agir et d’atteindre des objectifs s’impose progressivement à son esprit. Elle augmente tandis que, bercé par les traditions de mauvaise gouvernance, l’acteur souhaite de toute évidence conserver les avantages de la situation qui prévalait précédemment, sans qu’il veuille réellement concilier ces composantes qui vont dans des sens contraires. L’acteur se trouve alors face à une balance décisionnelle où les raisons pour changer s’opposent aux arguments pour ne pas changer.

Le lien à établir avec le modèle transthéorique est celui de la dépendance. Car en fait, que le verre soit à moitié vide ou à moitié plein, il faut bien que quelqu’un le remplisse au-delà de son niveau partiel. Une partie du contenu est fournie par la Flandre au travers de ce qu’on appelle les transferts. Les Flamands que certains Wallons trouvent les plus désagréables la qualifient de solidarité forcée. Nos compatriotes du Nord n’ont pourtant pas tort. D’autant que de nombreux Wallons inconscients de ces réalités semblent considérer que ces montants leur sont fondamentalement dus [15]… Une autre partie du contenu du verre est alimentée par l’Europe via les mécanismes de fonds structurels ou de cohésion : environ 12,5 milliards d’euros de 1989 à 2020. Une dernière partie, en fait, est comblée par de l’absence et du vide, tant au niveau collectif des politiques publiques que dans les moyens à la disposition des ménages. Ainsi, selon l’Aperçu statistique de la Belgique 2017, qui porte sur les données 2014, un ménage wallon dépense en moyenne 4.270 euros de moins annuellement qu’un ménage flamand, soit 11% de moins. Les Wallons réduisent leur consommation dans tous les registres de produits et services, à l’exception de l’alcool, du tabac et des services personnels [16].

Le modèle de changement utilisé ici comme référentiel s’inscrit bien dans la logique de l’engagement individuel et collectif induit par la prospective. En effet, comme la psychosociologie décrite par Jacques Rhéaume, la prospective œuvre à accroître une conscience plus critique, une compréhension et une maîtrise accrue de sa situation personnelle et sociale (…) de rendre les individus et les collectifs plus « sujets » de leur histoire [17]. Cette articulation entre dynamiques individuelles et collectives se solutionne par la contractualisation, ainsi que par la logique d’engagements mutuels que permet un pacte social ou sociétal.

La révolte et la renaissance

Combien de fois ce modèle de changement n’a-t-il pas tourné depuis 1999 ? Pré-intention, intention, décision, retour à l’intention, re-décision, etc. Faut-il s’étonner que les plans stratégiques se soient succédé ? A nouveau, avec une rapidité peu commune, depuis un an des décisions ont été prises, des actions menées. Le processus n’est certes pas stabilisé. Les efforts sont en cours. Le terrain de l’avenir proche est évidemment encombré par deux échéances électorales qui constituent autant de risques de rechutes que d’occasions de rassembler, de relancer, de renforcer et d’aller de l’avant.

C’est en toute logique que L’homme révolté d’Albert Camus, édité en 1951, fait suite au Mythe de Sisyphe, publié dix ans auparavant. L’écrivain et philosophe français y observait que de nombreuses élites étaient prêtes à accepter l’iniquité, non pas l’allègement de la misère, mais son silence. L’auteur rappelait déjà que l’avenir ne peut se prévoir et qu’il se pouvait que la renaissance soit impossible. Mais, poursuivait-il, toute sorte de résignation doit être refusée : il faut parier sur la renaissance [18].

Depuis son arrivée au gouvernement en juillet 2017, le ministre-président wallon n’a cessé de dire, avec de plus en plus de force, la colère et la volonté qui l’animent face à la situation socio-économique de la Wallonie et au délitement social qui en résulte, notamment en matière de chômage des jeunes. Gageons que le nombre de femmes et d’hommes, autant que d’organisations, toutes et tous révoltés, qui se dressent ou se dresseront à ses côtés permettra, en multipliant les initiatives communes, de favoriser cette renaissance. Les conditions de cette révolte restent assurément à définir. Le WalDeal annoncé doit en constituer le cadre, celui d’un nouveau cycle, plus déterminant encore. Ce sera, comme promis, l’objet de notre prochain article.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] Un premier papier a été publié le 4 juin 2018 et est intitulé : La Wallonie du verre à moitié plein : c’est grave docteur ?, Blog PhD2050, Hour-en-Famenne, 4 juin 2018. https://phd2050.wordpress.com/2018/06/04/verre1/

[2] Pas tous, bien entendu. Voir par exemple Mattéo GODIN et Jean HINDRIKS, Disparité et convergences économiques : rattrapage économique wallon, dans Regards économiques, n°120, Nov. 2015 : La part de chaque région dans le PIB belge reste constante sur la période : 55 % pour la Flandre, 25 % pour la Wallonie et 20 % pour Bruxelles. Du fait de la croissance démographique de Bruxelles, le PIB par habitant de Bruxelles augmente moins vite et converge vers celui des deux autres régions. La crise de 2007-2008 a aussi affecté plus fortement la Flandre que la Wallonie. Mais sur l’ensemble de la période 2000-2013, il y a une absence de convergence du PIB par habitant entre la Wallonie et la Flandre. Les disparités de PIB par habitant augmentent entre arrondissements d’une même région, tandis qu’elles diminuent entre régions et ce exclusivement par l’effet de Bruxelles. http://www.regards=economiques.be/index.php?option=com_reco&view=article&cid=155 – Voir aussi l’analyse de Joseph Pagano dans Philippe DESTATTE, Les conditions d’un redéploiement de la Wallonie, Blog PhD2050, 16 février 2014 https://phd2050.wordpress.com/2014/02/16/redeploiement/

[3] Le modèle de changement dynamique en trois phases de Lewin (décristallisation, transition, (re)cristallisation) met l’accent sur les éléments moteurs qui facilitent ou entravent le changement, et sur la façon dont les personnes impliquées acceptent la nécessité du changement, coopèrent pour parvenir au résultat désiré et font en sorte d’obtenir le soutien des dirigeants concernés. Kurt LEWIN, Field Theory in Social Science: Selected theoretical papers, New York, Harper & Row, 1951. – Kurt LEWIN, Frontiers in Group Dynamics, dans Human Relations, 1947, n° 1, p. 2-38. – K. LEWIN, Psychologie dynamique, Les relations humaines, coll. Bibliothèque scientifique internationale, p. 244sv., Paris, PUF, 1964. – Bernard BURNES, Kurt Lewin and the Planned Approach to change: A Re-appraisal, Journal of Management Studies, Septembre 2004, p. 977-1002. – Voir aussi Karl E. WEICK and Robert E. QUINN, Organizational Change and Development, Annual Review of Psychology, 1999, p. 361-386.

[4] La théorie du changement de Lippitt distingue sept phases du changement, qui sont induites par un agent du changement. Ronald LIPPITT, Jeanne WATSON & Bruce WESTLEY, The Dynamics of Planned Change, A Comparative Study of Principles and Techniques, New York, Harcourt, Brace & Cie, 1958.

[5] Richard A. SLAUGHTER, The Transformative Cycle: a Tool for Illuminating Change, in Richard A. SLAUGHTER, Luke NAISMITH and Neil HOUGHTON, The Transformative Cycle, p. 5-19, Australian Foresight Institute, Swinburne University, 2004.

[6] Edgar MORIN, Sociologie, p. 196 sv, Paris, Fayard, 1994.

[7] Nommé ainsi, car fondé sur une analyse de dix-huit théories du changement comportemental dans des disciplines différentes.

[8] James O. PROCHASKA & Carlo C. DICLEMENTE, Transtheorical therapy: Toward a more integrative model of change, in Psychotherapy: Theory, Research & Practice, 1982, 19 (3), p. 276-288. – J. O. PROCHASKA & C. C. DICLEMENTE, The transtheoretical approach: crossing traditional boundaries of therapy, Homewood, IL: Dow Jones-Irwin, 1984. – J. O. PROCHASKA, C. C. DICLEMENTE, John. C. NORCROSS, In search of How People Change: Applications to addictive behaviors, in American Psychologist, 1992, p. 1102-1114. – J. O. PROCHASKA, J. C. NORCROSS & C. C. DICLEMENTE, Changing for good: the revolutionary program that explains the six stages of change and teaches you how to free yourself from bad habits, New York, W. Morrow, 1994. – J. O. PROCHASKA & Carlo C. DICLEMENTE, The Transtheorical Approach in J. C. NORCROSS. and M. R. GOLDFRIED., Handbook of Psychotherapy Integration, p. 147-171, New York, Oxford University Press, 2005. – J. O. PROCHASKA, J. C. NORCROSS, C. C. DICLEMENTE, Changing for Good, A Revolutionary Six-Stage Program for Overcoming bad Habits and Moving your Life Positively Forward, New York, HarperCollins, 2006. – J. O. PROCHASKA & J. C. NORCROSS, Systems of Psychotherapy: A Transtheorical Analysis, Brooks & Cole, Belmont, CA, 2010. – David O’DONNELL & James GOLDING, The Stage of Change Model and Treatment Planning? University Park, Illinois, 2014.

[9] Philippe DESTATTE, Entre peur et confiance, le modèle des comportements wallons, Blog PhD2050, 4 août 2014. https://phd2050.wordpress.com/2014/08/04/comp-wal/

[10] Jacques RHEAUME, Changement, dans Jacqueline BARUS-MICHEL, Eugène ENRIQUEZ et André LEVY, Vocabulaire de psychosociologie, Positions et références, p. 71, Toulouse, Eres, 2013.

[11] Comme le soulignait le géographe Jacques Levy, la notion d’intentionalité, qui vient de la phénoménologie, peut être efficacement injectée dans l’analyse des faits sociaux pour donner plus de profondeur à la prise en compte du rôle des individus. Jacques LEVY, L’espace légitime, Sur la dimension géographique de la fonction politique, p. 18, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1994. Cité par Chloë VIDAL, La prospective territoriale dans tous ses états, Rationalités, savoirs et pratiques de la prospective (1957-2014), Thèse, p. 287, note 1572, Lyon, École normale supérieure de Lyon, 2015.

[12] Charles PEGUY, Notre Jeunesse (1910), p. 226, Paris, NRF, 1916.

https://fr.wikisource.org/wiki/Livre:Peguy_oeuvres_completes_04.djvu

[13] Nous l’avions mis en évidence dès 2000 dans le cadre de la Mission Prospective Wallonie 21 (MPW21). Voir Jan Aart SCHOLTE, Governing Global Finance, p. 21, CSGR Working Paper N°88/02, University of Warwick, Department of Politics and International Studies, Janvier 2002.

[14] Parmi les acteurs, on compte bien sûr aussi les entreprises et les administrations. On peut observer, par exemple, ce genre d’attitude de la part de hauts fonctionnaires après un changement de législature ou de majorité, ainsi que la grande difficulté de certains mandataires à accepter l’idée qu’une administration ou un organisme d’intérêt public puisse travailler avec un exécutif dans lequel on ne retrouve pas le parti politique cher à leur cœur.

[15] Il semble que, d’après des observateurs avertis, on puisse faire une analogie avec l’attitude de certains pays de l’élargissement de 2004 à l’égard de l’Union européenne.

[16] Aperçu statistique de la Belgique 2017, p. 116, Statistics Belgium, 2017.

[17] J. RHEAUME, Changement…, p. 72.

[18] Albert CAMUS, L’homme révolté, p. 258-259, Paris, Gallimard, 1951. (Collection numérique des Classiques UQAC, 2010).

Publicités

Hour-en-Famenne, 4 juin 2018

Nous avons déjà eu l’occasion d’exposer à divers endroits notre analyse des deux Wallonie, issue notamment des travaux du Collège régional de prospective de Wallonie et de son premier exercice, développé de 2004 à 2008, sur la prospective des valeurs, des croyances et des comportements. Ces deux Wallonie sont, nous l’avons écrit, à l’image des cultures différentes – anciennes et modernes – qui se côtoient, se heurtent et s’affrontent au sein de chacun d’entre-nous, is aussi dans la vie politique et sociale : vieille culture industrielle lourde restant très marquée par les luttes ouvrières ancestrales et nouvelle gouvernance de la société technologique mondialisée. Deux mondes si différents et si tranchés que, partout face à face, ils génèrent chez les citoyens incompréhension, méfiance et inquiétude [1].

Cette approche se concilie assez bien avec la théorie du verre à moitié vide et du verre à moitié plein, rappelée une nouvelle fois, depuis le 23 mai 2018 dans les commentaires et débats qui ont fait suite à l’exposé du Ministre-Président du Gouvernement de Wallonie Willy Borsus devant le Parlement pour y dresser l’état de la Wallonie [2].

A l’instar de George Washington

Cet exercice, inauguré voici plus de dix ans par le Ministre-Président Elio Di Rupo devant le Parlement wallon le 31 janvier 2007 [3], répondait à un engagement fait en 2005 au moment du lancement du Plan prioritaire wallon, dit Plan Marshall pour la Wallonie. L’appellation comme le moment du discours faisaient implicitement référence au State of the Union Address, prononcé devant le Congrès des États-Unis depuis 1790 et pour la première fois par George Washington. En 2007, Elio Di Rupo avait pris le ton de l’objectivité et de l’humilité, déclarant sans triomphalisme, mais avec conviction que la Wallonie se porte mieux. Le redressement économique wallon est à l’œuvre. Nous devons ensemble l’accélérer [4]. Après le discours du Ministre-Président, le chef de groupe socialiste Maurice Bayenet avait conclu en précisant tant la vocation de l’exercice que sa trajectoire future :

Les engagements sont prometteurs. Les perspectives d’avenir sont tracées. Nous espérons que, d’année en année, ce discours sur l’état de la Wallonie sera l’occasion de montrer aux Wallonnes et aux Wallons que leur Région se porte mieux, de mieux en mieux. Ce discours démontrera chaque fois davantage qu’il y a, chez nous, des perspectives d’avenir pour tous. Il constatera que l’économie de notre Région se développe dans le respect de l’environnement. Mais, surtout, que l’économie wallonne se développe au bénéfice de toutes les femmes et de tous les hommes qui y vivent, y compris les plus fragilisés. Au bénéfice du bien-être de toutes les Wallonnes et de tous les Wallons [5].

Journalistes et observateurs, y compris académiques avaient apprécié diversement [6]. Il ne s’agissait pas de prononcer une nouvelle déclaration de politique régionale, mais plutôt de faire un bilan des travaux menés. Ce discours se dévoilait sans nul doute comme une initiative démocratique salutaire, une manière d’assurer, au moins dans la volonté de l’ancien initiateur du Contrat d’avenir pour la Wallonie, une information sur l’évolution de la Wallonie à l’aune des initiatives prises par le gouvernement. Le Ministre-Président avait d’ailleurs complété cet effort par une rencontre avec des parties prenantes régionales, dans un souci de gouvernance plus participative. Certes, c’était peu encore. Mais déjà beaucoup.

Disons-le : pour intéressant qu’il soit, l’exercice reste fragile, parce qu’assez mal défini et ambigu. Annuel, il voudrait ponctuer la mise en œuvre de la Déclaration de Politique régionale. Il le peut difficilement tant à cause de la petitesse du temps écoulé que du décalage que le rythme de production de données fiables impose. On aimerait que l’objectivation des résultats des politiques menées puisse se fonder sur des processus d’évaluation. L’information en serait améliorée et l’incertitude réduite. L’exercice pourrait s’inscrire dans le processus d’apprentissage d’une évaluation analyse partenariale, extérieure, vraiment indépendante, plutôt qu’une évaluation jugement. Néanmoins, malgré les décennies qui passent, l’acculturation à ces processus tarde à se mettre en place [7]. On me répondra avec raison que la carence en incombe probablement davantage à l’Assemblée parlementaire qu’à l’Exécutif.

Une continuité du regard ?

Depuis 2007, sans toujours entrer dans des querelles de chiffres ou d’origines des données, politologues, économistes, observateurs, plus ou moins avertis, et élus ont pris l’habitude d’appréhender de manière différente la situation économique et sociale de la Région. Tantôt, ils soulignent – comme ce fut le cas en 2018 – les constats moroses, l’autoflagellation ou la lucidité du Ministre-Président, tantôt ils affirment le consensus politique sur le diagnostic et la continuité objective du regard, d’un chef de l’Exécutif à l’autre [8]. En réponse à l’empressement de certains orateurs ou analystes à affirmer la cohérence de vue entre l’ancien et le nouveau Ministre-Président, on peut rappeler qu’en mai 2017 le prédécesseur de Willy Borsus s’enthousiasmait sur le fait que, depuis 2000, sur cette quinzaine d’années, le PIB wallon a crû de près de 20%, ce qui, affirmait-il, était une performance tout à fait remarquable [9]. Un an plus tard, son successeur notait qu’avec près de 32% de la population de la Belgique, la Wallonie ne crée que 23,22% de la richesse du pays, soit un PIB régional de moins de 100 milliards d’euros en 2016 (98,22) sur un total de 423 milliards. Si le PIB wallon a bien augmenté de 47,13% depuis 2003 (comparé au + 53,8% pour la Flandre) notait Willy Borsus, sa part relative dans le PIB belge a diminué de 23,62% en 2003 pour se réduire à 23,22 % en 2016 [10]. Le ministre-président libéral a même excellé en termes de pédagogie lorsqu’il a observé que, en 2016, le PIB/habitant wallon est de 27.220 €. (37.454 € pour la Belgique et 38.288 € pour la Flandre). Pour vous donner une idée de notre retard. En termes de PIB par habitant, les moyennes belge et flamande étaient à notre niveau en 2003. Nous avons donc 14 ans de retard[11]

Le nouveau leitmotiv de nombreux analystes est qu’il faut cesser de nous comparer à la Flandre qui est une des régions les plus dynamiques d’Europe et avec laquelle nous ne pourrons probablement pas rivaliser avant la fin du siècle, et encore…. Néanmoins – et Willy Borsus le souligne également, mais d’une autre manière – on doit bien constater que la richesse de la Wallonie, mesurée par Eurostat en PIB par habitant, la situe en 2016 15 points en dessous de la moyenne européenne (2016, EU=100). Tous nos voisins du Nord et de l’Est font largement mieux que nous. Au Sud, les anciennes régions françaises limitrophes sont au même niveau que la Wallonie. Une décomposition des données régionales wallonnes à l’échelle des provinces nuancerait d’ailleurs cette dernière affirmation.

Diapositive1

 

Diapositive2

 

Personne ne peut être suspecté de vouloir faire dire ce qu’il veut aux chiffres, mais force est de constater que des angles d’approche trop serrés ne rendent pas compte de l’ensemble des réalités, même si des experts réputés, connus comme nuancés, tacticiens, diplomates – ou les trois à la fois – tentent parfois la synthèse ou parviennent, d’une formule, à marquer brillamment les esprits. Il en est ainsi de la périphrase souvent répétée et désormais bien connue de l’économiste Joseph Pagano : la Wallonie va mieux, mais elle ne va pas bien.

La Wallonie : trouver son chemin

Le psychothérapeute américain Alfred Benjamin racontait que, rentrant chez lui un soir à pied, il fut accosté par un passant qui lui demanda le chemin pour se rendre dans une certaine rue. C’est bien volontiers que le Dr. Benjamin lui indiqua le trajet pour que cet étranger puisse trouver sa destination, mais le premier fut surpris lorsque son interlocuteur partit dans la direction opposée à celle qui venait de lui être précisée. Comme le psychologue lui signalait qu’il prenait un chemin qui n’était pas celui qu’il venait d’indiquer, le passant lui répondit qu’il le savait bien, mais qu’il n’était pas encore prêt [12].

En ayant en mémoire cette histoire, rappelée par les chercheurs du changement transthéorique [13], on est en droit de se demander si cette longue période de stagnation des principaux indicateurs – je l’ai qualifiée d’encéphalogramme plat en septembre 2015 [14] – qui va de la fin des années 1990 et marque probablement la fin du déclin, jusqu’à nos jours, ne peut pas être vue comme un temps de préparation.Cette période pourrait constituer une ou plusieurs des phases de ce modèle sur lequel nous reviendrons et qui, longtemps nous fait regarder l’avenir sans être en mesure de l’entreprendre. Cela signifierait dès lors que nous pourrions, si nous le voulons, et sans déterminisme aucun, désormais être entré ou entrer en 2019 dans une nouvelle phase plus volontariste dont les deux dernières décennies n’auraient constitué que cette longue préparation.

Ainsi, ce qui rapproche les deux discours pourtant si différents de 2007 et de 2018 qui ont été évoqués plus haut, c’est le volontarisme des deux ministres-présidents, leur détermination à embrasser les enjeux de la Wallonie et le fait de préconiser des chemins – certes partiellement différents – pour y parvenir. Malheureusement, Elio Di Rupo quittera sa fonction dès le 19 juillet suivant, sans avoir pu impulser un mouvement suffisant ni mettre en œuvre l’ambition pour la Wallonie que lui avait prêtée Christophe de Caevel [15]. Comme en 2000, son départ de Namur éteindra le feu qu’il avait tenté d’allumer. Aujourd’hui, le temps constitue assurément une variable importante pour Willy Borsus. Le Ministre-Président n’a d’ailleurs pas manqué de souligner que son gouvernement en fait usage avec efficacité.

Quant à l’appel au WalDeal qui clôturait le discours du nouveau Ministre-Président, beaucoup d’observateurs, y compris parmi des experts de haut niveau, semblaient considérer que c’était la même logique qui était déjà à l’œuvre avec le Plan Marshall et qu’il ne faisait que s’inscrire dans une tradition d’appel aux forces vives. Je voudrais revenir sur ces points qui me paraissent essentiels, au travers de deux prochains papiers. Le premier portera sur la dynamique du changement, en essayant de décoder le déni des réalités et des risques qui prévaut souvent à l’origine d’un processus de prise de conscience puis d’action. Le second tentera de décrire en quoi une contractualisation sociétale, telle que celle prônée par Willy Borsus, pourrait être différente des expériences de relances de son moteur que la Wallonie a connues depuis 2000.

Car la difficulté qui s’annonce est bien celle qui a été soulignée tant par la (petite) majorité que par la (grande) minorité du Parlement de Wallonie. Le député Stéphane Hazée l’a bien exprimée lorsqu’il a observé que : il reste un travail considérable sur le chemin du redéploiement. Ce redéploiement demande clairement de sortir de certaines inerties et de revoir certains choix politiques [16].

Cela paraît bien être l’intention du Gouvernement. Il s’agit, sans aucun doute, d’une nouvelle donne à mettre en place. Un New Deal. Un WalDeal…

 

 

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Marnix BEYEN et Philippe DESTATTE, Nouvelle Histoire de Belgique 1970-2000, Un autre Pays, p. 278, Bruxelles, Le Cri, 2008.

[2] Le discours sur l’état de la Wallonie se fait en application des articles 70 et 135 du règlement du Parlement de Wallonie. Ce dernier article dispose en son point 2 que le Parlement entend, au courant du mois de mars de chaque année, un exposé du Gouvernment sur l’état de la Wallonie et les évolutions intervenues concernant les grandes orientations de la politique régionale. Cet exposé est suivi d’un débat.Parlement wallon, Session 2016-2017, 28 juillet 2017, Règlement du Parlement wallon, Texte adopté le 20 juillet 2010 et modifié les 23 avril 2014, 16 juillet 2015 et 28 juillet 2017. Doc. 883 (2016-2017) N°1, p. 25. http://nautilus.parlement-wallon.be/Archives/Documentation/roi.pdf

[3] Parlement wallon, Session 2006-2007, Compte rendu analytique de la séance du 31 janvier 2007, CRA (2006-2007), p. 6sv. Voir notamment le commentaire du député Michel de LAMOTTE, p. 32.

[4] Elio DI RUPO, Discours sur l’état de la Wallonie, Namur, 31 janvier 2007, 28 p., p. 27.

[5] Parlement wallon, Session 2006-2007, Compte rendu analytique de la séance du 31 janvier 2007, CRA (2006-2007), p. 41.

[6] Pour ne citer qu’un seul journal : Etat de la Wallonie : Elio Di Rupo veut renouer avec la prospérité, dans L’Echo, 31 janvier 2007. – Dans un discours pathétique sur l’état de la Région, dans L’Echo, 1er février 2007. – Christophe DE CAEVEL, Ambition wallonne, dans L’Echo, 1er février 2007. – Sophie LEROY, Un discours pensé pour les Wallons et les élections, 2 février 2007, dans L’Echo, 2 février 2007. – Sophie LEROY, Elio Di Rupo fait dans le marketing, dans L’Echo, 2 février 2007. – Gérard GUILLAUME, Encore 10 ou 15 ans et la Wallonie se portera mieux, dans L’Echo, 3 février 2007.

[7] Ph. DESTATTE, Bonne gouvernance : contractualisation, évaluation et prospective, Trois atouts pour une excellence régionale, dans Ph. DESTATTE dir., Evaluation, prospective et développement régional, p. 7-50, Charleroi, Institut Destrée, 2001.

[8] Voir notamment, outre les débats au Parlement, François-Xavier LEFEVRE, La tradition de l’autoflagellation, dans L’Echo, 24 mai 2018, p. 2. – Eric DEFFET, Discours d’équilibriste de Willy Borsus, dans Le Soir, 24 mai 2018, p. 5. – Pascale SERRET, Wallonie : état des lieux en six chiffres, dans L’Avenir, 24 mai 2018, p. 4. – RTBF, La Première, Débat 100% Wallonie du 25 mai 2018, animé par Bertrand HENNE, avec Sébastien Brunet, Giuseppe Pagano et Philippe Suinen.

[9] Parlement wallon, Session 2016-2017, Compte rendu analytique, Mardi 2 mai 2017, p. 2, Document n°18. – On pourrait aussi citer la formule de Paul Magnette (p. 7), selon lequel l’innovation et la recherche sont notre plus grand titre de fierté aujourd’hui, dans la logique de l’objectif européen des 3% du PIB. La récente étude du CERPE nuance elle aussi ces propos à tout le moins imprudents. Isabelle CLERBOIS, Christophe ERNAELSTEEN et Marcus DEJARDIN, Dépenses privées et publiques de R&D en Belgique, Nouveau diagnostic en vue de l’objectif « Europe 2020 », Université de Namur, CERPE, Working Papers, Avril 2018. http://www.unamur.be/cerpe

[10] Willy BORSUS, Etat de la Wallonie, Parlement de Wallonie, 23 mai 2018, 34 p., p. 15.

[11] Ibidem, p. 16.

[12] Alfred BENJAMIN, The Helping Interview, Boston, Houghton Mifflin, 1987.

[13] James O. PROCHASKA, Carlos C. DICLEMENTE, John. C. NORCROSS, In search of How People Change: Applications to addictive behaviors, in American Psychologist, 1992, p.1103.

https://pdfs.semanticscholar.org/7d77/fa8ec68f810e3dfd3b2e59a93922a9dfc4ec.pdf

[14] Philippe DESTATTE, La Wallonie, une gouvernance démocratique face à la crise, Conclusion de la journée d’étude Les régions européennes face à la crise, Quels enjeux de gouvernance pour la Wallonie ?, organisée au Palais des Congrès de Namur le 11 septembre 2015 conjointement par Cardiff University, l’Université catholique de Louvain et l’Institut Destrée, avec le soutien de la Fondation Leverhulme (UK),

Blog PhD2050, 15 septembre 2015, https://phd2050.wordpress.com/2015/09/15/crise/

[15] Christophe DE CAEVEL, Ambition wallonne, dans L’Echo, 1er février 2007.

[16] Parlement wallon, Session 2017-2018, Compte rendu analytique, Jeudi 24 mai 2018, p. 10.

Hour-en-Famenne, August 29, 2017

If we set aside the political tactics, the individual frustrations of certain elected representatives and the bitterness of recent weeks during the summer of 2017 and regard them as setbacks, we might ponder the partial changes in majority in Wallonia in the light of the possible trajectories envisaged before the process initiated by Guy Lutgen, president of the Human Democratic Centre, or cdH, on 18 June 2017. An analysis of this kind had been carried out in 2016 by a group of independent actors and experts as part of the preparation for a conference organised by the Open University and the University of Mons (UMONS), in Charleroi [1]. This exercise was continued in 2017 with the Regional Foresight College of Wallonia, resulting in a Manifesto published in the journal L’Echo in March 2017 [2]. How should we try to interpret this at the end of August 2017?

First of all, we must consider the fact that those who had identified future bifurcations for Wallonia envisaged them only at the time of the next regional elections, in 2019 or 2024 – it is worth repeating that bifurcations are moments when the system can evolve in several directions and it follows one of the options open to it. Those observers did not necessarily see such bifurcations in changes in political majority, but thought instead that the scale of the expected transformation required an examination of the strength of the policies adopted, the problem being that the elected representatives in the majority that came to power in 2014 did not seem willing to implement them. As is often the case, incidentally, most of the elected representatives were concentrating on the demands of public opinion, as reported or stimulated by the press: providing responses to an effect of the disease symbolised by the benefits received by the ruling elite [3] rather than to the particularly disturbing socio-economic signals emerging from the actors and researchers [4].

The June 2017 wild-card

However, if we try to anticipate the bifurcations in order to prepare for them, and this was indeed the case for the elections in 2019 and 2024, we tend to forget that trajectories do not necessarily originate within the expected timescales: they may materialise spontaneously depending on their centre of gravity and the impetus they provide. This is what is called a wild-card, a major surprise or an unexpected, surprising and unlikely event that may have considerable impact if it occurs. In the exercise carried out on the trajectories for Wallonia, the experts chose various centres of gravity. However, they examined the uniqueness of the institutions of Wallonia and the political parties and identified the Elysette, the meeting place of the government, as the seat of regional power. This logic is fairly consistent, for example, with the bifurcation at the elections on 13 June 1999, with the emergence of the Rainbow government and the introduction of the Future Contract for Wallonia at the instigation of Minister-President Elio Di Rupo. This bifurcation offered a trajectory of potential transformation. We also know that clear bifurcations, major opportunities for change, might also not offer any positive change, as was the case with the communitisation of education in 1989 in which, ultimately, almost nothing happened due to the lack of an appropriate financing law and of any desire to change an educational model that clearly needed changing. But that, as Rudyard Kipling once wrote, is another story.

What we forget, however, and what may explain the events of this summer, is that the centre of gravity of the Wallonia trajectory has, to date, been located in the Elysette only to a very limited extent. Elio Di Rupo, who rose rapidly to become president of the Socialist Party, realised this in 1999 since he felt that the Boulevard de l’Empereur, headquarter of that party, restricted his political activity. In retrospect, there are two bifurcation moments that clearly illustrate the importance of the centre of gravity represented by the political parties. The first took place in 1997, just twenty years ago. The second was in 2005.

The Forgotten Bifurcation

1997: the president of the Christian Social Party (PSC) instigates a new Regional Policy Declaration (DPR)

Since 1994, Robert Collignon had led a Socialist-Christian Social coalition in the Wallonia Region. The Minister-President, who was in charge of the economy, was pursuing a policy of strengthening the existing centres of excellence: biogenetics and pharmaceuticals in Walloon Brabant, aeronautics in Charleroi, astronautics in Liège, environment in the Mons-Borinage region, water in Verviers, agrifoods in Gembloux, etc. He also restructured the steel industry and its three centres: Cockerill-Sambre, Forges de Clabecq and Boël La Louvière. However, at the end of May 1997, based on evidence that the economy of Wallonia was ailing, the President of the PSC (now the cdH), Charles-Ferdinand Nothomb, advocated a new regional policy declaration with some major reorientations to tackle both the economic and the political issues that had arisen in Wallonia. For the Christian Social president, it was a question of rebuilding people’s trust [5]. Since the first quarter of 1993, Wallonia industrial production had undergone a period of decline [6]. But of greater concern to the analysts assembled by the PSC were the comparisons they were drawing with Flanders over the long term: in particular, an unemployment rate that was twice as high in the south, an annual growth slowdown of 0.5 to 1%, a worrying investment rate and a negative trade balance[7]. For the PSC, and in particular for member of Parliament André Antoine, these economic problems were accompanied by a lack of public regulation [8]. A supplementary regional policy declaration was adopted in November 1997 and acted as a valuable recovery plan by promoting decompartmentalisation and transversality of action, calling for leadership from a Minister-President who had influence over his team, and offering new initiatives [9]. Seven years later, the 2004-2009 DPR indicated that an initial step towards recovery had been achieved by the 1997 supplementary regional policy declaration [10].

2005: the presidents of the cdH and the PS evoke the Marshall Plan

The second example is no longer fresh in people’s minds, even though the initiative continues to be at the heart of the political debates in Wallonia. It was June 2005 and Jean-Claude Van Cauwenberghe had been leading the government of Wallonia for five years. Since the 2004 elections, the Christian Socialists had replaced Liberals and Socialists as partners of the Socialists. The new DPR, mentioned above, stated as follows: Wallonia is recovering. But its economic weakness was so intense that the road to prosperity is still long! And then the phrase which has become a mantra for positive minds: One thing is certain: Wallonia has stopped declining [11].

But a year later, while the government was calmly undertaking its legislative work and implementing this regional policy declaration, cdH President Joëlle Milquet and PS President Elio Di Rupo, in turn, called for mobilisation. I’m calling for genuine Walloon action, declared the PS leader. We need a Marshall Plan for Wallonia that requires real ownership and accountability from everyone (government, unions, bosses, universities, teachers, organisations). It’s urgent. It is imperative that we all quantify the actions to be implemented and measure their effectiveness. We know that there are problems in Wallonia despite an improvement which, whatever people say, is still insufficient. The government has taken some positive steps through its strategic plan to stimulate activity. But the best measures in the world are worthless if they are not implemented on the ground. We must all roll up our sleeves; we are at a pivotal moment in Wallonia’s history [12]. Once again, it was clear, as reported by the journalist Didier Grogna at the time, that the President of the Socialist Party was aware of the worsening economic situation in Wallonia and the criticisms levelled at the Socialist partner by cdH vice-president André Antoine, especially concerning the problems experienced by the Minister-President in fulfilling his mandate. As the L’Echo columnist explained: We must shift mindsets and dare to say « no » to Socialist sub-localism; we must be bold enough to shake up the acquired rights and some of the « questionable » behaviour within the public bodies. It seems increasingly unlikely that Jean-Claude Van Cauwenberghe will be able to stay the course for the entire legislature. It appears inevitable that he will be replaced. But by whom? Who will dare to confront the local political bosses who have not been held to account for decades? Wallonia needs a Marshall Plan; that means putting political differences aside and all moving in the same direction[13]. Thus, throughout the summer of 2005, the government of Wallonia was bypassed by the presidents of both parties who, themselves, presented the Priority Plan for Wallonia to the press and, it seems, to the government. The PS and the cdH remained united or, in any event, given the agenda of the declarations in 2005 and 1997, the Socialist presidents adopted the Christian Socialists’ state of mind and expressed their own position alongside them. It is clear that the relations between Nothomb and Busquin were very constructive, as were those between Elio Di Rupo and Joëlle Milquet subsequently. Those relationships were clearly not working in 2017 since, for the first time since it came into being, therefore nearly 25 years, the constructive no-confidence ejector seat was activated to the detriment of the Socialists.

As we can see, 1997 and 2005 represent forced bifurcations, probably even wild-cards, originating from the centre of gravity of the political parties that formed the government majority, and they may help with our understanding of 2017.

A trajectory of hope, two years ahead of time

What seems to have been the problem in early summer 2017 is not so much the issue of the poor governance that has seriously affected almost the entire political world in Wallonia, but rather the convergence of opinion between these « matters » and the now evident inability to respond to the maldevelopment in Wallonia. Admittedly, in the strategy put forward by cdH President Benoît Lutgen, it was these cases of poor governance that constituted the casus belli, which caused scepticism among a number of observers since the cdH itself was also not exempt from criticism. However, as the leader of the Christian Social group reminded the gallery in the Parliament of Wallonia on 28 July, it would be wrong to downplay the signs which confirmed, in 1997 and in 2005, that Wallonia was not on the right road to recovery, since they came from the Economic and Social Council, the universities and the Business Association of Wallonia (Union wallonne des Entreprises). The trend trajectory, entitled Au fil de l’eau… usée, written in February 2016 by the working party assembled for the initiative organised by the Open University and UMONS, is particularly revealing. I quote as follows:

If we practice governance from another time, with an artificial evaluation and a lack of anticipation, if we are incapable of dealing with budgetary challenges and social and territorial cohesion challenges, if we are unable to survive electoral shocks in 2019 and 2024, the seventh reform of the State and the structuring of the skills and resources dedicated to teaching, training, research, etc., we will jeopardise regional cohesion. Wallonia would then experience a downward spiral that would challenge Walloon social and territorial cohesion.

It should be noted that the working party addressed the issues of future symmetries or asymmetries between coalitions at the various power levels and therefore the possibilities of accepting them more normally and more sincerely than in the current onerous climate of dissension. The participants also noted that political life in Wallonia is characterised by its stability concerning a central point, namely the permanence of the Socialist Party in power, with the resulting dominance across the entire political and administrative landscape. As one of the rapporteurs writes, by refraining, however, from expressing political opinions, and especially preferences, it is arguable that (sometimes, often, …) this stability may be confused, or risks being confused, with a certain rigidity. Yet the theory that the PS might be relegated to regional opposition is not beyond the realm of possibility: this is demonstrated by the results of the 2007 legislative elections and the remarkable scope given to the « little » Ecolo parties and the cdH to choose their « major » partner for federal coalitions in 2009. Whatever we think, and whatever the consequences (particularly institutional and administrative), this fundamental change in political habits would represent a major discontinuity in the regional common thread.

Admittedly, alternative trajectories were expected and they will, perhaps, be reviewed to establish whether they are the ones that the bifurcation of summer 2017 will bring. However, it is my conviction that, in addition to what might be a political game and contrary to what was said the day after this bifurcation, Wallonia, in the way that it was being run by the Magnette-Prévot government, was not on the road to recovery. Not because its policies were inadequate – both camps praised the Marshall Plan, its competitiveness centres, Creative Wallonia, the Digital Plan, etc., and the initiative of the Socialist Minister for the Economy, Jean-Claude Marcourt –, but because the mobilisation of the actors was not addressed and sufficient resources had not been allocated to the recovery and therefore to allow the economy to take off.

If we accept this idea, the new bifurcation undoubtedly represents the hope that stems from a transformative, regenerative trajectory that may finally materialise for Wallonia. This is the current rhetoric of the new government led by Willy Borsus. Admittedly, rhetoric is not a trajectory. If the new Minister-President succeeds in mobilising the men, women and resources in Wallonia to realise our redeployment ambitions, the change in majority will allow the regeneration to happen two years ahead of time, which is valuable particularly for those who have suffered from Wallonia’s maldevelopment for too long.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] Philippe DESTATTE, Les trajectoires prospectives de la Wallonie (2016-2036), in Virginie de MORIAME and Giuseppe PAGANO, Où va la Wallonie? Actes du cycle de conférences UO-UMONS, p. 65-87, Charleroi, Open University, 2016. – Blog PhD2050, Charleroi, 25 February 2016, https://phd2050.wordpress.com/2016/02/28/trajectoires-prospectives-de-la-wallonie-2016-2036/

[2] Wallonie, la trajectoire socio-économique, résolument, in L’Echo, 10 March 2017.

http://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/Wallonie-la-trajectoire-socio-economique-resolument/9871529

[3] I use this term in the Russian sense employed by Alain Rey which refers to the members of the regime who are entitled to exceptional prerogatives. A. REY dir. Dictionnaire historique de la langue française, p. 2389, Paris, Le Robert, 2006.

[4] See inter alia the convergence of the following analyses: Regards sur la Wallonie 2016, Liège, CESW, June 2016. – Etudes sur la situation de l’entreprise, Portrait des Entreprises en Wallonie, Evolution, Wavre, UWE, 08/2016. – Séries statistiques du marché du travail en Wallonie, Namur, IWEPS, December 2016. – Communiqué de presse du 10 février 2017 relatif aux comptes régionaux, Brussels, Banque nationale, Institut des Comptes nationaux, 4 p. – Paola ANNONI, Lewis DIJKSTRA & Nadia GARGANO, The EU Regional Competitiveness Index 2016, WP02/2017, European Commission, Regional and Urban Policy, 2017. – Rapport sur l’économie wallonne 2017, Namur-Liège, SOGEPA – SPW-DGO6 – IWEPS, February 2017. – Didier PAQUOT, Economie wallonne: 15 ans de plans de redressement, où en est-on? Speech to the Financial Forum of the Banque nationale, Louvain-la-Neuve, Ephec, 27 April 2017.

[5] Nothomb réclame une nouvelle déclaration, in L’Echo, 27 May 1997. – Nothomb réclame un grand pacte social: « Quand le temps du devoir de deuil sera passé, il faudra redonner confiance aux gens, Interviewed by Vincent JUMEAU and Jean-Léon WAUTERS, in L’Echo, 24 May 1997.

[6] Tendances économiques, SES, no.16, June 1999, p. 38.

[7] Une Wallonie moderne, Congrès de Liège du 24 mai 1997, Actes, p. 16sv, Brussels, PSC, 1997.

[8] André ANTOINE, De la nécessité de sortir du pragmatisme sous-régional en Wallonie, dans Une Wallonie moderne, Congrès de Liège du 24 mai 1997, Actes, p. 56-58, Brussels, PSC, 1997.

[9] Marnix BEYEN and Philippe DESTATTE, Un autre pays, Nouvelle histoire de Belgique 1970-2000, [volume 9 of the Nouvelle Histoire politique de la Belgique contemporaine de 1830 à nos jours, under the direction of Michel Dumoulin, Vincent Dujardin and Mark Van den Wijngaert], coll. Histoire, p. 272-273, Brussels, Le Cri, 2009, 428 p.

[10] Déclaration de politique régionale 2004-2009, p. 3, slnd, 2004, p. 3, 153 p.

[11] Ibidem.

[12] Elio Di Rupo appelle à un “sursaut” wallon et veut mettre fin au sous-localisme, Interview, in L’Echo, 11 June 2005.

[13] Didier GROGNA, L’argent n’est pas tout, in L’Echo, 8 June 2005.

Boston, April 30, 2018

In order to conclude the symposium Grappling with the Futures, Insights from History, Philosophy, and Science, Technology and Society, hosted in Boston by Harvard University (Department of the History of Science) and Boston University (Department of Philosophy) on Sunday, April 29 and Monday, April 30, 2018, the organizers wanted to hear about related organizations or initiatives. They wanted to both learn more about them and figure out the potential added value of these possible new additions to the network, which should not duplicate existing ones and should foster mutually beneficial synergies. We therefore heard from Ted Gordon for the Millennium Project, Keri Facer for the Anticipation Conference, Cynthia Selin for the Arizona State University initiatives, Terry Collins for the Association of Professional Futurists, Philippe Durance for the CNAM, Jenny Andersson and Christina Garsten for the Global Foresight Project[1], and myself for The Destree Institute. This paper is a revised version of my short contribution given in this final panel.

 1. A Trajectory from Local to Global

Some groups mainly know The Destree Institute as a local NGO with quite a long history (it will be 80 years old in June 2018) of modest size (10 researchers), a foundation that operates as a ‘think and do tank’ and is close to the Parliament of Wallonia and government, a partner of the regional administration and very open to the world of entrepreneurship. It works at the crossroads between five or six universities in cross-border collaboration. Twenty years ago now, after 15 years of research in history and future studies, The Destree Institute created its Foresight Unit, supplementing this last year with a laboratory of collective, public and entrepreneurial policies for Wallonia in Europe: the Wallonia Policy Lab [2]. Its work in this area is intellectually supported by a Regional Foresight College consisting of 30 leaders from various spheres of society.

To others, The Destree Institute is first and foremost a European and global research Centre in the field of foresight, a worldwide NGO with a special consultative status with the United Nations Economic and Social Council (ECOSOC) and an official partner of UNESCO (with consultative status) since 2012; a member of the Open Government Partnership Civil Society Community; a founder of the Brussels Area Node of the Millennium Project; a leading partner of many European initiatives; and the headquarters of the Millennia2025 Women and Innovation Foundation, a global foresight initiative for women’s empowerment and equality, involving more than 10,000 members, researchers and grassroots workers in five continents, whose international foresight research process was launched in 2008 with the support of the Millennium Project and the patronage of UNESCO’s Director-General.

Both views are correct. The Destree Institute’s development from a local history research Centre in Wallonia to a European and global foresight actor is easily traced; at the same time, it has succeeded in maintaining strong local roots.

One of the main ambitions and achievements of The Destree Institute lies in its ability to develop a strong operational conception of foresight. We use foresight not only to think about the future but to shift the system, to trigger transition and transformation. Far from just thinking that one could modify the future simply by looking at it, Gaston Berger – whose importance has been emphasized by the organizers of the symposium – saw change as a process that is hard to implement and difficult to conduct, as the American researchers in social psychology whose models inspired him had shown. Berger particularly referred to the theories of change and transformation processes described by Kurt Lewin, Ronald Lippitt, Jeanne Watson and Bruce Westley[3]. With this in mind, we developed in 2010 a tool named the Bifurcation Method (in the sense of ‘bifurcations’ used by Nobel Prize-Winner Ilya Prigogine) in order to identify the different moments when the system, or a part of it, or an actor, could take different directions or trajectories. We first apply this tool to the past in what we call the retroforesight phase, identifying trajectories that could have been taken at particular past moments and what developments would have ensued. We can then use the techniques of foresight to try to identify bifurcations and trajectories in the future, using institutional rendezvous, assumptions and wildcards, events of low probability but with high impacts which can open up the cone of the future and cause movement in the system.

In this way, we are able to structure concrete operational work drawing on the kind of expertise described during the symposium by historians, philosophers, STS experts and others.

2. History does not hold the keys to the future

From History to Foresight is also the title of a well-known book by Pierre Chaunu [4]. It was written by the great French historian and Sorbonne professor in 1975 for a collection named Liberty 2000.

Chaunu wrote that a good reading of the present, integrating the past, leads imperceptibly to the future. It is, by nature, foresight-oriented [5]. He added that this foresight is, of course, linked to the idea of mankind. It therefore involves the « unfolding » of history [6]. He also observed: History does not hold the keys to the future. It cannot map out the path, but a history that is made part of the human sciences can correct us; it can impose a check on infantile projections that are captive to the short term [7]. I think that the integration of future studies in the human sciences will always remain a real and difficult challenge.

Those who were able to attend the Harvard meeting certainly feel, as I do, that more than 40 years after Chaunu’s analysis, we are fully on track to achieve the aims that the main organizer Yashar Saghai (Johns Hopkins University) proposed at the opening of the symposium for the meeting and its follow-up: to end isolation within each discipline (history, philosophy, science, technology and society) and between countries, to learn from each other in depth beyond interdisciplinary conferences, to gain an up-to-date knowledge of current research, to deepen connections with future studies practitioners and theorists. Yashar also insisted on the importance of probing the needs for a permanent network or platform for our communities. The challenge is, as Riel Miller said in his keynote address but also in his new book[8], to reinforce our understandings, practices and capacities.

3. Main requirements for a permanent network or platform

With its partners, The Destree Institute has launched and/or managed many networks and platforms in the last twenty years: the Millennia2015 foresight process, the Millennia2025 Foundation, the Internet Society Wallonia Chapter, the European Regional Foresight College, the European Millennium Project Nodes Initiative (EuMPI), the Regional Foresight College of Wallonia, the Wallonia Territorial Intelligence Platform, etc.

In all cases, the main requirements were the same:

1. to define clear aims that make sense and generate a desire to involve all the actors. These goals should be understood by all the partners without ambiguity. Clarifying words and concepts is a key task for all scientific ambition, and as such is shared by the futurists;

2. to stay firmly connected to the ground and able to come back to the present: what we will do tomorrow needs to be thought about in the present. We need our heads in the stars but our feet in the clay…

3. to fight against certainty. We often talk in terms of trying to throw light on our uncertainties, but we should also fight our great certainties about our disciplines, our fields, our methods and our perceptions of the world;

4. good leadership with proper respect for the members. In March 2018, the Women’s Economic Forum awarded my colleague Marie-Anne Delahaut the Woman of the Decade in Community Leadership Prize for her work for Millennia2025 [9]. We all know how sensitive these tasks are;

5. professionalism in management, because we need to improve our work and gain precious time for our researchers instead of wasting it;

6. relevant communication materials (logos, websites, etc.), although I tend to say, as General de Gaulle might have done, that logistics should follow ideas rather than vice versa;

7. and finally, as Professor Michel Godet often repeats, loyalty, competence and pleasure.

Pleasure in thinking together, pleasure in working hard together, pleasure in meeting together.

I feel that we have assembled these ingredients during these two days shared at Harvard and Boston Universities. Thank you to the organizers for bringing us together.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

On the same subject: What is foresight?

Direct access to Philippe Destatte’s English papers

 

[1] Global Foresight Project :

https://www.socant.su.se/english/global-foresight/participating-researchers/christina-garsten

[2] Philippe DESTATTE, A Wallonia Policy Lab on the Foresight Trajectory, Blog PhD2050, Namur, April 11, 2018, https://phd2050.wordpress.com/2018/04/11/wpl-en/

[3] Gaston BERGER, L’Encyclopédie française, vol. XX : Le Monde en devenir, 1959, p. 12-14, 20, 54, in Phénoménologie du temps et prospective, p. 271, Paris, PuF, 1964.

[4] Pierre CHAUNU, De l’histoire à la prospective, Paris, Robert Lafont, 1975.

[5] Une bonne lecture du présent intégrante du passé débouche, insensiblement, sur l’avenir, elle est, par nature, prospective. P. CHAUNU, op. cit. p., 283.

[6] Elle est, bien évidemment, liée à une idée de l’homme. Elle implique donc le « déroulé » de l’histoire. Ibidem, p. 285.

[7] L’Histoire n’a pas les clefs de l’avenir, elle ne peut pas tracer la voie, mais une histoire intégrée aux sciences de l’homme peut rectifier, elle peut réduire les projections enfantines, prisonnières du temps court. Ibidem.

[8] Riel MILLER, Transforming the future, Anticipation in the 21st Century, Paris-Abingdon, UNESCO-Routledge, 2018.

[9] http://www.millennia2015.org/Women_Economic_Forum_Award_2018_EN

Liège, 22 September 2017 [1]

Foresight is firmly on the agenda in Wallonia for the educational year 2017-2018. In Liège, at the instigation of the Innovation and Entrepreneurship Forum of Liège Creative, companies such as Engie and Citius Engineering, operators such as GRE and Liège-Métropole, the University and the Institut Destrée will gather on 2 October for an event on Foresight as a tool of transformation in a context of economic and territorial change [2]. In Charleroi, the Opened University, The University of Mons and The Destree Institute are launching a university certificate devoted to operational foresight this academic year [3]. In Namur, the Regional Foresight College of Wallonia has, since 26 August, marked its resumption of activities after Summer at the Cercle of Wallonia with a seminar dedicated to R&D and the challenges of innovation for Europe and Wallonia. Also in Namur, the foresight work of the Wallonia Territorial Intelligence Platform has fuelled the strategic thinking of the Territorial Development Unit and the Standing Conference on Territorial Development (CPDT) to contribute at the beginning of 2018 to the development of a new Territorial Development Plan. In Liège, again, the Strategic Intelligence Research Group (GRIS) at HEC will on 4 October be considering ‘Interpretations of reality and decision-making. The shape of intelligence for tomorrow, in collaboration with the Digital Café, IWEPS and The Destree Institute [4]. Not to mention the Academic Pole Liège-Luxembourg which, at the beginning of September, held a seminar at the Château de Colonster to define a vision for 2030, led by the last spin-off of the Institut Destrée, Pro Te In. Clearly, raising an issue such as research into teaching young people foresight (the Young Foresight Research initiative) is essential today and falls on fertile ground.

 

Useful concepts and required skills

Citizenship, complexity and foresight, which we consider in this paper, are among those ‘useful concepts’ that are described by Philippe Meirieu as illuminating our experience and enabling us to organise, understand and control it, ‘rather than whatever external factors compel me to refrain from doing so, or artificially complicate my problems. A “useful concept”,’ the educationalist writes, ‘does not replace previous knowledge, although it may shake up my thinking: it gives form to my experience, makes reality easier to grasp and enables me to act on it’[5].

Citizenship refers to the recognition of a person’s participation in a community, in the form of a legal status with associated freedoms, rights and duties, of a share in sovereignty and of political legitimacy. The notion is historically conditioned and profoundly subject to evolution, and we may therefore join Dominique Schnapper in considering how it should be revisited to ensure ‘that it effectively organises collective behaviour in societies open to the world, where the economy now plays a preeminent role’ [6]. Foresight is a process of cross-disciplinary collective intelligence, which works with long term, temporality and the analysis of complex systems to act on the present and bring about transformations [7]. Complex thinking develops a multidimensional knowledge of systems, discerns the ways in which they are incomplete and the uncertainty of their evolution, and recognises and distinguishes the interaction (and retroaction) between their elements, yet avoids considering them in isolation from each other, from their context, from their antecedents and from their likely future [8]. The analysis of complexity is without doubt a form of insurance against over-simplicity, off-the-peg intellectualism, the pressing certainties of the immediate, and the commonplaces of the digital gurus who would have us believe that any form of future intelligence of any importance can only be artificial. In a now famous lecture given at UNESCO in 2016, Edgar Morin emphasised that complex thinking has the virtue of providing a potential response to the crisis of thought. What makes it so necessary, said the author of La Méthode, is its four capacities, the fact that complex thinking is simultaneously:

– able to grasp the relationships between numerous different processes,

– able to detect antagonisms and complementarities,

– able to expect the unexpected,

– able to scrutinise the probable and the improbable.

This is why, said Morin, complex thinking has now become both urgent and vital [9]. We may add that these four qualities are also among those we recognise in foresight.

André-Yves Portnoff was obviously right to point out, almost fifteen years ago, that a revolution in intelligence, which he had already identified twenty years earlier with Thierry Gaudin, preceded and encompassed the digital turn. This revolution in intelligence was of course not just technological, just as the current transformations are clearly not just technological. In fact, the intelligence revolution primarily calls into question and challenges our human capacities, our skills, our ability to use knowledge and expertise to obtain a desired result. Such skills, he said, enable us to produce more and more value by processing the growing mass of information available. As Portnoff notes, it is skill that gives value to information [10]. Of course, it has become commonplace today to distinguish knowledge from both understanding and information. The first relates to elaborate cognitive abilities and mobilises creativity in the form of concepts, methods, theories and so on – all the rules that cannot be simply codified once and for all, or for which information cannot be obtained or stored in bulk. It is here that the human being will remain superior to artificial intelligence, for a long time to come. Understanding (savoir) takes the form of both attitude (savoir-être) and know-how (savoir-faire), and focuses on the production of applied knowledge and learning abilities. Information is merely the raw material of knowledge. We must submit it to rigorous and methodical criticism before any use is made of it [11]. Robots will be able to help us in this task, but again, our confidence in them must remain a matter of dispute for a long time to come.

Who could believe for a moment that the skills required in the 21st century are and will be the same as those needed in the societies of the past? No one doubts that these skills will be supplemented by others. Nevertheless, our analysis is that however they evolve, foresight and complex thinking will remain necessary skills for future generations. Systems have, as Donella H. Meadows has done well to remind us, the property of self-organisation, the capacity to develop themselves, to create new structures, to learn, to diversify, and to become more complex [12].

Teaching foresight

The study day organised by The Destree Institute on 22 September 2017 at the Economic and Social Council of Wallonia marks the end of the first phase of the interuniversity research project on new prospects for the development of foresight in Wallonia. It focuses on the question of the acculturation of young people to foresight and on the learning of the processes and methods of studying the future in secondary and higher education [13]. This initiative is inspired by and is forming collaborative partnerships with similar experiments developed in the United Kingdom, Germany, the Netherlands, the United States and now France. Synergies have been established with the work of Peter Bishop at the University of Houston (Texas) and of Erica Bol in Europe around Teach the Future, whose highly innovative initiatives we have followed from the start. Links have also been formed with the experiments developed by Michel Lussault, former director of the French Institute of Education, who has trialled a course in prospective geography at three academies – Lyon, Lille and Aix-Marseille. The objective of The Destree Institute is to come up with a robust methodological framework as well as a series of credible proposals for implementation in Wallonia and Brussels. The research builds on our previous experiments with young people in connection with Wallonia 2020 in which, together with my futurist colleague Pascale Van Doren, we involved a class of the Institut Félicien Rops of Namur, three classes of the Athénée of Soumagne and a class of the Institut provincial d’Enseignement technique of Nivelles from 2002 and 2003 onwards. On the initiative of Engelbert Petre, we continued this experiment with an arts centre, the Maison culturelle d’Ath, and a dialogue – not a very fruitful one, it must be admitted – with the Minister of Education at that time, Ms Marie Arena. We also knew about the projects and findings of Young Foresight in the UK and Jugend denkt Zukunft [14] in Germany, which our colleagues Gordon Ollivere (RTC North, Sunderland) and Henning Banthien (IFOK Berlin) had sent us at that time. We have of course stayed in touch with them. The current research, Wallonia Young Foresight, also builds on the work carried out over the last year by an interdisciplinary team of researchers consisting of Chloë Vidal, a geography PhD and philosopher, Fabien Moustard, a graduate in earth sciences and political scientist, and Michaël Van Cutsem, a political scientist and urban planner. They have formed international contacts, notably on the basis of several relationships identified within European programmes previously carried out by The Destree Institute, in particular ForLearn and the Mutual Learning Platform. All these efforts have been supported by the Minister for Research and Higher Education, Jean-Claude Marcourt. The very concrete objective of this initiative is therefore to draw up a review of experiments at the international level, to identify European actors and to found a network of these actors who recognise the growing importance that foresight activities can play in the work of science (teaching or research) and the shaping of public policy. The common denominator of the various projects identified will be that they draw attention to foresight as a form of civic education that promotes the learning of science (territorial, political and social sciences). This twofold challenge – both educational (enabling young people to become the drivers of their own learning and authors of their own knowledge) and developmental (guiding young people to become citizens) – calls for a multidisciplinary and multi-factorial approach that assigns an important role to the humanities and the arts; input is thus also provided by initiatives such as the biennial event Nos Futurs, launched by Théâtre Nouvelle Génération in Lyon in autumn 2016, or the exhibition A Temporary Futures Institute, organised at the Museum of Contemporary Art in Antwerp in summer 2017.

To help it carry out this task successfully, the Institut Destrée has the support of three universities of Wallonia and of the intellectual forum of the Regional Foresight College of Wallonia, which is open to actors from business, research, the public sector and civil society. Three university representatives have agreed to get involved in supporting this research and contributing to its interuniversity character:

– Christian de Visscher, Professor of Political Science and Public Management, President of the Institute of Political Sciences of Louvain-Europe, Co-Director of the Montesquieu Centre for Public Policy Studies, Catholic University of Louvain;

– Didier Vrancken, Professor of Sociology, Director of the Centre for Sociological Research and Action, President of the Institute of Humanities and Social Sciences, University of Liège;

– Giuseppe Pagano, Professor of Economics, Vice-Rector for Institutional and Regional Development at the University of Mons, Director of the Public Finance and Tax Service and General Coordinator of the University of Mons for the Charleroi site.

Three functions of thinking

The same design has been used for the study day of 22 September 2017 as that recommended in our foresight exercises; in other words, it uses the triple functionality that is at the heart of Thierry Gaudin’s Discours de la méthode créatrice, itself inspired by the works of Georges Dumézil. Thinking, according to this interpretation, is based on a triple recognition which constitutes the principle and process by which the mind returns to the vicinity of where it has been and recognises:

  1. recognition of things, in which we dance around the object in order to determine the facts; the mind focuses on that which exists, on gathering data, on establishing reality, on analysis;
  2. recognition of others, in which we dance with other subjects in order to deliberate; the mind focuses on interaction, on the deliberation that takes the researcher or actor further with his or her thinking and allows other points of view to be compared;
  3. self-recognition, in which, by a kind of withdrawal, we dance with ourselves, we conceptualise: this is the dance of the neurons, writes Gaudin, the waking dreams in which illumination arises among the members of a nucleus, and key concepts emerge.

This tri-functional approach is a powerful cognitive tool [15].

Thus, all our actions are structured firstly on exposition, analysis and criticism of the facts, then on deliberation, and finally on the work of conceptualisation.

We also wish to recall the ultimate goals of all our efforts. We defined these throughout our Wallonia in the future process culminating in the charter of The Destree Institute; they were last revised in 2013 and are formulated as a twofold objective: an exemplary democracy – today we might use the term ‘open’ – and better development, which we specified as being ‘sustainable’. As we conceive it, following Gro Harlem Brundtland, such development is systemic, links together all spheres of society, represents a long-term approach and leads to concrete action. Understood in this way, there could be no better way to embrace such development than through foresight.

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] This paper is a revised version of the opening contribution to the study day Wallonia Young Foresight Research, Learning in the 21st c.: citizenship, complexity and foresight, organised by The Destree Institute and the Regional Foresight College of Wallonia with the support of the Federation Wallonia-Brussels and held at the Economic and Social Council of Wallonia in Liège on 22 September 2017.

www.institut-destree.org/Wallonia_Young_Foresight_Research

[2] http://www.liegecreative.be/event/index/detail/id/538/lang/fr#.WdoBjYZpG8o

[3] https://portail.umons.ac.be/FR/universite/admin/aff_academiques/formationcontinue/formation_par_domaine/sciences_economiques_gestion/Documents%20CU%20en%20prospective/Brochure%20CU%20en%20prospective.pdf

[4] http://www.hecexecutiveschool.be/colloque-gris-2017/

[5] Philippe MEIRIEU, Apprendre, oui, mais comment…, p. 27, Paris, ESF, 24th ed., 2016.

[6] Dominique SCHNAPPER, Citoyenneté, in Encyclopaedia Universalis, vol. 5, p. 915-917, Paris, EU, 2002. – D. SCHNAPPER, L’esprit démocratique des lois, p. 46ff., Paris, Gallimard, 2014. – Thierry BALZACQ et al., Fondements de science politique, p. 103, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2014.

[7] Philippe DESTATTE, What is foresight?, Blog PhD2050, May 30, 2013. https://phd2050.wordpress.com/2013/05/30/what-is-foresight/

[8] Edgar MORIN, Introduction à la pensée complexe, p. 11-12, Paris, Seuil, 2005.

[9] E. MORIN, Congrès mondial pour la pensée complexe, Paris, UNESCO, 9 December 2016.

[10] Pierre-Yves PORTNOFF, Le pari de l’intelligence, Des puces, des souris et des hommes, p. 7, Paris, Futuribles, 2004.

[11] Pierre MUSSO, « Révolution numérique » et « société de la connaissance » in Ena hors des murs, p. 48, 1 April 2014.

[12] Donella H. MEADOWS, Thinking in systems, A primer, p. 81, London, Earthscan, 2009.

[14] Jugend denkt Zukunft https://www.ifok.de/projects/dialogveranstaltungen/jugend-denkt-zukunft

[15] Thierry GAUDIN, Discours de la méthode créatrice, Entretiens avec François L’Yvonnet, p. 77-79, Gordes, Ose savoir – Le Relié, 2003.

Namur, April 11, 2018

There are some words that we try in vain to translate but do not manage to clarify satisfactorily. This is the case with the English words policy and policies. We can, of course, get close to the meaning when, in French, we allude to une politique [1] or les politiques publiques. Except that policy does not necessarily relate to a political context [2] and does not always belong to the register of the public arena. The Oxford English Dictionary defines policy as a course or principle of action adopted or proposed by an organisation or individual [3]. Policies can therefore be organisational, corporate, individual or collective, and can assume multiple forms, from intention to action, including streams of ideas and their execution in legislation, regulatory implementation and everyday changes [4]. For a long time, the Anglo-Saxon academic world has adopted the distinction between politics and policies, indicating moreover that policies may be public. Thus the London School of Economics and Political Science distinguishes between British Politics and Policy and UK Government, Politics and Policy [5].

 

1. Intentions, decisions, objectives and implementation

Drawing its inspiration from the works of theorists in the concept, especially the Yale University professors Harold Dwight Lasswell (1902-1978) [6] and Aaron Wildavsky (1930-1993) [7], the Encyclopedia of Public Policy and Administration (ed. 2015) defines Policy as a decision or, more broadly, a series of interlinked decisions relating to a range of objectives and the means of implementing them. The author of the definition, William H. Park, a lecturer and researcher at a British military academy [8], states that this process involves identifying a problem that requires a solution or an objective that is worth achieving, evaluating the alternative means of attaining the desired results, choosing between these alternatives and implementing the preferred option, in addition to solving the problem or achieving the objective. Park observes that such a process should entail the participation of a limited number of decision-makers, a high degree of consensus on what constitutes a policy problem or a desirable objective, a capacity for evaluating and comparing the probable consequences of each of the alternatives, a smooth implementation of the chosen option and the absence of any impediments to achieving the objectives. This also implies that this process ends with the execution and implementation of the decision [9]. Clearly, however difficult it may be to grasp the notion, it is above all the rationality of the process that seems to characterise it [10]. There is also the fact that, as Lasswell points out, policy approaches tend toward contextuality in place of fragmentation and toward problem-oriented not problem-blind perspectives [11]. This second consideration points to the systemic aspect, which we prioritise in foresight – even if it is beyond the context. Furthermore, according to the Oxford Handbook of Public Policy, policy studies and foresight share the characteristic of being explicitly normative and fundamentally action-oriented [12]. They are also normative because they rely on values that determine their objectives. In what Yehezkel Dror calls Grand Policies, the common good, the public interest and the good of humanity as a whole, or raison d’humanité, are pursued to highlight strategies. As the former professor of political science and politics at Harvard and the University of Jerusalem points out, Grand Policies try to reduce the probability of bad futures, to increase the probability of good futures, as their images and evaluations change with time, and to gear up to coping with the unforeseen and the unforeseeable[13]. Unsurprisingly, to achieve this, Dror particularly recommends engaging in thinking-in-History and practising foresight [14].

2. In governance: identifying and organising the actors

Democratic governance, in other words governance by the actors, – including the Administration [15] –, particularly as highlighted since the early 1990s by the Club of Rome and the United Nations Development Programme[16], also shows, as sociologist Patrice Duran has pointed out, that government institutions have lost their monopoly on governance [17]. This observation was also made by David Richards and Martin J. Smith in their analysis of the links between governance and public policy in the United Kingdom. For these two British political scientists, governance demands that we consider all the actors and locations beyond the « core executive » involved in the policy making process [18]. If we take proper account of this trend, we can make a distinction, as Duran does, between the two complementary rationales on which public action as a process is founded:

– an identification rationale, which makes it possible to determine the relevant actors, define the scope of their involvement and specify their degree of legitimacy; the challenge relates to the status of the actors in the sense that this determines their authority and thereby their legitimacy to act.

– a rationale for organising these actors for the purpose of producing effective action. The actors are also evaluated on what they do, in other words on their contribution to dealing with the problems identified as public problems which are therefore the responsibility of the public authorities. It is their power to act, in the sense of their capacity to act, that is at stake here rather than their authority [19]. This way of understanding governance and of giving the government an instrumental role in collective action has been at the heart of our approach for twenty years [20]. It clearly implies societal objectives that support a vision, shared by the actors, of a desirable future for all. We have often summarised these objectives as being the shared requirement for greater democracy and better development [21]. But, as Philippe Moreau Defarges rightly pointed out, the public interest no longer comes from the top down, but develops, flows and belongs to whoever exploits it [22]. Moreover, it is from this perspective that the rationale of empowerment is not only reserved for elected officials with responsibility for the issues under their mandate but extends to other stakeholders in distributed, shared, democratic governance [23], especially the Administration, businesses and civil society [24].

3. Supporting a Policy Lab for the Independent Regional Foresight Unit

Following the meeting with Minister-President Willy Borsus on 15 September 2017 and with the board of directors of the The Destree Institute on 5 December 2017, the Destree Institute revived its Foresight Unit under the name CiPré (Cellule indépendante de Prospective régionale – Independent Regional Foresight Unit) and backed the creation of a laboratory for collective, public and entrepreneurial policies for Wallonia in Europe: the Wallonia Policy Lab. This has been modelled on the EU Policy Lab, set up by the European Joint Research Centre and presented by Fabiana Scapolo, deputy head of the European Commission’s Joint Research Centre, during the conference entitled Learning in the 21st century: citizenship, foresight and complexity, organised in the Economic and Social Council of Wallonia by The Destree Institute on 22 September 2017 as part of the Wallonia Young Foresight Research programme.

According to its own introduction, the European Policy Lab represents a collaborative and experimental space for developing innovative public or collective policies. Both a physical space and a way of working which combines foresight, behavioural insights [25], and the process of co-creation and innovation, in other words design thinking [26], the European Lab has set itself three tasks: firstly, to explore complexity and the long term in order to measure uncertainty; secondly, to bring together political objectives and collective actions and to improve decision-making and the reality of implementing decisions; and finally, to find solutions for developing better public or collective policies and to ensure that the strategies will apply in the real world [27]. We have embraced these tasks in Wallonia, in addition to our collaborations with the European Joint Research Centre, particularly on the project entitled The Future of Government 2030+, A Citizen Centric Perspective on New Government Models.

The proposal to create a Policy Lab seemed so important to the board of directors of The Destree Institute that it decided to accentuate its own name with this designation: The Destree Institute, Wallonia Policy Lab. This decision conveys three messages: the first is the operationalisation of foresight, which characterises the type of foresight that brings about change, as advocated by The Destree Institute. The University Certificate which it has jointly run with UMONS and the Open University in Charleroi since February 2017 is also called Operational Foresight [28]. The second message is the need for accelerated experimentation on a new, more involving democracy, based on governance by actors and innovative tools such as those developed globally in recent years around the concept of open government [29]. The third message concerns the uninhibited use of English and therefore the desire for internationalisation, even if the language chosen could have been that of one of our dynamic neighbours, Germany or the Netherlands, or of another country. Unrestrained access and openness to the world are absolute necessities for a region undergoing restructuring which, today, must more than ever position itself away from the faint-heartedness of yesterday.

In parallel, having run its course at the end of December 2017, the Wallonia Evaluation and Foresight Society, founded in 1999 on the initiative of The Destree Institute and several actors who were convinced of the need for these governance tools and advocated their use, decided to encourage this new initiative by sponsoring the Wallonia Policy Lab in terms of its intellectual and material heritage. This also means that, as it did at the end of the 1990s, The Destree Institute will once again, through this laboratory, pay close attention to the assessment and performance of public and collective policies which, naturally, represent one of the key axes of the policy process.

Conclusion: bringing order to future disorder

When we talk of Policy, we are referring to a course of action or a structured programme of actions guided by a vision of the future (principles, broad objectives, goals), which address some clearly identified challenges [30]. The process of governance, which has been in place since the early 2000s, has increased the need for a better grasp of policies by involving the stakeholders. Interdependence between the actors is an integral part of modern political action, changing it from public action into collective action.

It has been argued and repeatedly stated that, in the territories, and particularly in the regions, the doors to the future open downwards. Patrice Duran, referring to Michael Lipsky, the political scientist at Princeton [31], observed that changes usually resulted from the daily actions taken on the ground by public officials or peripheral actors rather than from the broad objectives set by the major decision centres. We, too, agree with the French professor that there is no point in developing ambitious objectives if they cannot usefully be translated into action content. In other words, it is not so much developing major programmes that counts but rather determining the process by which a decision may or may not emerge and take shape [32]. It’s certainly not going to happen overnight. Particular attention must be paid to the serious implementation of the objectives we set ourselves. Developing policies means – and this something we have forgotten rather too often in Wallonia in recent decades – carefully linking the key strategic directions to the concrete reality of the fieldwork and mobilising the diversity of actors operating on the ground [33]. That is how, using all our pragmatism, we can bring order to disorder, to use Philippe Zittoun’s well-turned phrase [34].

Moreover, two early initiatives have been taken in this regard. The first, as part of a joint initiative taken in November 2017, was to transform a hands-on training activity, Local powers and Social action, organised with the Wallonia Public Service DG05, into a genuine laboratory for those public officials to create their business practices of the future. The second initiative, at the beginning of February 2018, was to put together the « Investing in young people” citizens’ panel, which is being organised on the initiative of the Parliament of Wallonia by a Policy Lab that brings young people together to identify long-term challenges. In both cases, the participants needed to be quick, intellectually mobile, efficient, proactive, bright and operational. And that was the case. More on this in due course…

The Wallonia Policy Lab is very much in line with this moment in our history: a time when we are moving from grand ideological principles to experimentation – on the ground – with new, collective, concrete actions with a view to implementing them. This way of working will finally allow us to overcome our endemic shortcomings, our structural blockages and our mental and cultural inertia so that we can truly address the challenges we face. A time when, ultimately, we must stand together.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

[1] See, for example, the definition of Policy/Politique in the MEANS programme: ensemble d’activités différentes (programmes, procédures, lois, règlements) qui sont dirigées vers un même but, un même objectif général. Evaluer les programmes socio-économiques, Glossaire de 300 concepts et termes techniques, coll. MEANS, vol. 6., p. 33, European Commission, Community Structural Funds, 1999. – My thanks to my colleagues Pascale Van Doren and Michaël Van Cutsem for helping me develop and refine this document.

[2] Philippe ZITTOUN, La fabrique politique des politiques publiques, Une approche pragmatique de l’action publique, p. 10sv, Paris, Presses de Sciences Po, 2013. – Thierry BALZACQ e.a., Fondements de Science politique, p. 33, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2015. – See the broad discussion of the concept of policy in Michaël HILL & Frederic VARONE, The Public Policy Process, p. 16-23, New York & London, Routledge, 7th ed., 2017.

[3] A course or principle of action adopted or proposed by an organisation or individual. Oxford English Dictionary on line.

https://en.oxforddictionaries.com/definition/policy (2 April 2018).

[4] Edward C. PAGE, The Origins of Policy, in Michael MORAN, Martin REIN & Robert E. GOODIN, Oxford Handbook of Public Policy, p. 210sv, Oxford University Press, 2006. – Brian W. HOGWOOD & Lewis A. GUNN, Policy Analysis for the Real World, Oxford, Oxford University Press, 1984.

[5] See the blog of the London School of Economics and Political Science: http://blogs.lse.ac.uk/politicsandpolicy/

[6] Harold Dwight LASSWELL, A Pre-View of Policy Sciences, New York, American Elsevier, 1971.

[7] Aaron WILDAVSKY, Speaking Truth to Power, The Art and Craft of Policy Analysis, Boston, Little Brown, 1979.

[8] Joint Services Command and Staff College (JSCSC), now teaching at King’s College in London.

[9] William H. PARK, Policy, 4, in Jay M. SHAFRITZ Jr. ed., Defining Public Administration, Selections from the International Encyclopedia of Public Policy and Administration, New York, Routledge, 2018.

[10] M. HILL & F. VARONE, The Public Policy Process…, p. 20. – Patrice DURAN, Penser l’action publique, p. 35, Paris, Lextenso, 2010.

[11] H. D. LASSWELL, A Pre-View of Policy Sciences…, p. 8.

[12] Oxford Handbook of Public Policy…, p. 6.

[13] Yehezkel DROR, Training for Policy Makers, in Handbook…, p. 82-86.

[14] Ibidem, p. 86sv.

[15] Edward C. PAGE, Policy without Politicians, Bureaucratic Influence in Comparative Perspective, Oxford, Oxford University Press, 2012.

[16] Philippe DESTATTE, L’élaboration d’un nouveau contrat social, in Philippe DESTATTE dir., Mission prospective Wallonie 21, La Wallonie à l’écoute de la prospective, Premier Rapport au Ministre-Président du Gouvernement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2003. 21 http://www.wallonie-en-ligne.net/Wallonie_Prospective/Mission-Prosp_W21/Rapport-2002/3-2_nouveau-contrat-social.htm – Steven A. ROSELL e.a., Governing in an Information Society, p. 21, Montréal, Institute for Research on Public Policy, 1992.

[17] Patrice DURAN, Penser l’action publique, p. 77, Paris, Lextenso, 2010.

[18] Thus, it demands that we consider all the actors and locations beyond the « core executive » involved in the policy making process. David RICHARDS & Martin J. SMITH, Governance and Public Policy in the UK, p. 2, Oxford University Press, 2002.

[19] P. DURAN, Penser l’action publique…, p. 76-77. Our translation.

[20] Ph. DESTATTE, Bonne gouvernance: contractualisation, évaluation et prospective, Trois atouts pour une excellence régionale, in Ph. DESTATTE dir., Evaluation, prospective et développement régional, p. 7sv, Charleroi, Institut-Destrée, 2001.

[21] Ph. DESTATTE, Plus de démocratie et un meilleur développement, Rapport général du quatrième Congrès La Wallonie au futur, dans La Wallonie au futur, Sortir du XXème siècle: évaluation, innovation, prospective, p. 436, Charleroi, Institut Destrée, 1999.

[22] Philippe MOREAU DEFARGES, La gouvernance, p. 33, Paris, PuF, 2003.

[23] Gilles PAQUET, Gouvernance: mode d’emploi, Montréal, Liber, 2008.

[24] Policy analysts use the imperfect tools of their trade not only to assist legitimately elected officials in implementing their democratic mandates, but also to empower some groups rather than others. Oxford Handbook of Public Policy…, p. 28.

[25] Behavioural Insights is an inductive approach to policy making that combines insights from psychology, cognitive science, and social science with empirically-tested results to discover how humans actually make choices. Since 2013, OECD has been at the forefront of supporting public institutions who are applying behavioural insights to improving public policy. http://www.oecd.org/gov/regulatory-policy/behavioural-insights.htm

[26] See, for example, Paola COLETTI, Evidence for Public Policy Design, How to Learn from Best Practice, Palgrave Macmillan, New York – Houndmills Basingstoke UK, 2013.

[27] EU Policy Lab, a collaborative and experimental space for innovative policy-making, Brussels; European Commission, Joint Research Centre, 2017.

[28]  www.institut-destree.org/Certificat_Prospective_operationnelle

[29] Ph. DESTATTE, What is Open Government? Blog PhD2050, Reims, 7 November 2017,

https://phd2050.wordpress.com/2017/11/14/open-gov/

[30] Concerning identification of the challenges: Charles E. LINDBLOM, Policy-making Process, p. 12-14, Englewood Cliffs, NJ, Prentice-Hall, 1968.

[31] Michael LIPSKY, Street Level Bureaucracy, New York, Russel Sage, 1980.

[32] Patrice DURAN, Penser l’action publique, p. 48, Paris, Lextenso, 2010. Our translation.

[33] Jeffrey L. PRESSMAN & Aaron WILDAWSKY, Implementation, Berkeley CA, University of California Press, 1973. – Susan BARRETT & Colin FUDGE eds, Policy and Action, Essays on the Implementation of Public Policy, London, Methuen, 1981.

[34] Ph. ZITTOUN, op.cit., p. 326. Our translation.

Namur, le 9 avril 2018

Il est des termes que l’on tente en vain de traduire sans parvenir à les clarifier de manière satisfaisante. C’est le cas des mots anglais policy ou policies. On peut bien sûr en approcher le sens lorsqu’on évoque une politique [1], voire les politiques publiques. Sauf que policy ne s’inscrit pas nécessairement dans un contexte politique [2], et n’appartient pas toujours au registre de la sphère publique. L’Oxford English Dictionary définit policy comme un parcours ou un principe d’action adopté ou proposé par une organisation ou un individu. [3] Les policies peuvent donc être organisationnelles, d’entreprises, individuelles ou collectives… et prendre des formes multiples, de l’intention à l’action, jusqu’au courant d’idées et leurs réalisations dans la législation, la mise en œuvre réglementaire et le changement quotidien [4]. Le monde académique anglo-saxon a adopté depuis longtemps la distinction entre politics et policies, précisant par ailleurs que ces dernières peuvent être public. Ainsi, la London School of Economics and Political Science distingue-t-elle entre British Politics and Policy, ou encore UK Government, Politics and Policy [5].

1. Intentions, décisions, objectifs et mise en œuvre

S’inspirant notamment des travaux des théoriciens du concept, en particulier des professeurs de l’Université de Yale Harold Dwight Lasswell (1902-1978) [6] et Aaron Wildavsky (1930-1993) [7], l’Encyclopedia of Public Policy and Administration (éd. 2015) définit Policy comme une décision ou, plus généralement, un ensemble de décisions interreliées relatives à un choix d’objectifs et les moyens de les réaliser. L’auteur de la notice, William H. Park, enseignant-chercheur à l’Académie militaire britannique [8], précise que ce processus comporte l’identification d’un problème appelant une solution ou un objectif qui mérite d’être atteint, l’évaluation des moyens alternatifs permettant les résultats désirés, le choix parmi ces alternatives, la mise en œuvre de l’option préférée, ainsi que la solution du problème ou la réalisation de l’objectif. Park observe qu’un tel processus devrait impliquer la participation d’un nombre restreint de décideurs, un degré élevé de consensus sur ce qui constitue un policy problem ou un objectif souhaitable, une capacité d’évaluer et de comparer les conséquences probables de chacune des alternatives, une mise en œuvre harmonieuse de l’option choisie, ainsi que l’absence d’obstacle à la réalisation des objectifs. Cela implique également que ce processus soit terminé par la réalisation et la mise en œuvre de la décision [9]. On le voit, quelle que soit la difficulté d’appréhender la notion, c’est surtout la rationalité du processus qui semble le caractériser [10]. Le fait aussi que, ainsi que le souligne Lasswell, les Policy approaches s’inscrivent dans leur contexte au lieu d’être fragmentées et que les perspectives sont axées sur les problèmes (problem-oriented) et non le contraire (problem-blind) [11]. Cette dernière considération nous renvoie à la systémique, que nous privilégions en prospective – même si elle est davantage que le contexte. Du reste, à en croire l’Oxford Handbook of Public Policy, les Policy studies partagent avec la prospective le fait d’être explicitement normatives et fondamentalement orientées vers l’action [12]. Normatives, elles le sont aussi en s’appuyant sur des valeurs qui déterminent leurs objectifs. Dans ce que Yehezkel Dror appelle les Grand Policies, le bien commun, l’intérêt général, la raison d’humanité (good of humanity as a whole) sont recherchés comme fléchage des stratégies. Comme l’indique l’ancien professeur de Sciences politiques à Harvard et à l’Université de Jérusalem, les Grand Policies tentent de réduire la probabilité de futurs néfastes, d’augmenter la probabilité de futurs favorables, tandis que leurs images et leurs évaluations changent avec le temps. Elles tentent aussi à se préparer à faire face à l’imprévu et l’imprévisible [13]. Sans que cela nous étonne, pour y parvenir, Dror préconise notamment de s’inscrire dans une pensée à la mesure de l’histoire (thinking-in-History) et de pratiquer le foresight, c’est-à-dire la prospective [14].

 2. Dans la gouvernance : identifier et articuler les acteurs

La gouvernance démocratique, c’est-à-dire le gouvernement par les acteurs, – y compris l’Administration [15] -, telle que notamment valorisée depuis le début des années 1990 par le Club de Rome et le Programme des Nations Unies pour le Développement [16], montre aussi, comme l’a relevé le sociologue Patrice Duran, que les institutions gouvernementales ont perdu le monopole de la conduite des affaires publiques [17]. Ce constat était également celui de David Richards et Martin J. Smith dans leur analyse des liens entre la gouvernance et la public policy au Royaume Uni. Pour ces deux politologues britanniques, la gouvernance exige que nous considérions tous les acteurs et tous les lieux de décisions au-delà du « noyau exécutif » impliqué dans le processus d’élaboration des politiques [18]. Si l’on prend bien en compte cette évolution, on peut distinguer, avec Duran, les deux logiques complémentaires qui fondent l’action publique en tant que processus :

– une logique d’identification qui permet de déterminer les acteurs pertinents, de situer la portée de leurs interventions et de préciser le degré de leur légitimité ; l’enjeu est celui du statut des acteurs au sens où celui-ci détermine leur autorité, et par là même leur légitimité à agir.

– une logique d’articulation de ces mêmes acteurs en vue de produire de l’action efficace. Les acteurs sont aussi évalués pour ce qu’ils font, c’est-à-dire pour leur contribution au traitement des problèmes identifiés comme publics, donc du ressort des autorités publiques. C’est moins leur autorité qui est en jeu ici que leur pouvoir, au sens de capacité à agir [19]. Cette manière d’appréhender la gouvernance et de rendre un rôle déterminant au gouvernement dans l’action collective est, depuis vingt ans, au cœur de notre approche [20]. Elle implique évidemment des finalités sociétales qui sous-tendent une vision commune aux acteurs d’un avenir souhaitable pour toutes et tous. Nous les avons souvent résumées par l’exigence partagée de plus de démocratie et d’un meilleur développement [21]. Mais comme l’indiquait justement Philippe Moreau Defarges, l’intérêt général n’est plus donné d’en haut mais se construit, circule et appartient à celui qui l’exploite [22]. C’est d’ailleurs dans cette perspective que la logique d’encapacitation (empowerment) n’y est pas seulement réservée aux élus en charge des affaires dans le cadre de leur mandat mais s’étend à d’autres parties-prenantes de la gouvernance démocratique, partagée, distribuée [23], en particulier l’Administration, les entreprises ainsi que la société civile [24].

3. Adosser un Policy Lab à la Cellule indépendante de Prospective régionale

Faisant suite à la rencontre avec le Ministre-Président Willy Borsus le 15 septembre 2017 ainsi qu’au Conseil d’administration de l’Institut Destrée du 5 décembre 2017, l’Institut Destrée a réactivé son Pôle Prospective sous l’appellation de CiPré (Cellule indépendante de Prospective régionale) et y a adossé un laboratoire des politiques collectives, publiques et entrepreneuriales (policies) de la Wallonie en Europe : le Wallonia Policy Lab. Celui-ci a été créé sur le modèle de l’EU Policy Lab, mis en place par l’European Joint Research Center et qui a été présenté par Fabiana Scapolo, cheffe adjointe du Centre commun de Recherche de la Commission européenne au Conseil économique et social de Wallonie lors du colloque Apprendre au XXIème siècle : citoyenneté, prospective et complexité, y organisé par l’Institut Destrée le 22 septembre 2017 dans le cadre du programme Wallonia Young Foresight Research.

L’European Policy Lab constitue, ainsi qu’il se présente lui-même, un espace collaboratif et expérimental destiné à fabriquer des politiques publiques ou collectives innovantes. A la fois espace physique et manière de travailler qui combine la prospective (Foresight), l’analyse des comportements (Behavioural Insights) [25], et le processus de co-créativité et d’innovation (Design Thinking) [26], le Lab européen s’est donné trois tâches : d’abord, explorer la complexité et le long terme afin de prendre la mesure de l’incertitude ; ensuite, faire se rencontrer les objectifs politiques et les actions collectives ainsi qu’améliorer les prises de décisions et la réalité de leur mise en œuvre ; enfin, trouver des solutions pour construire de meilleures politiques publiques ou collectives et s’assurer que les stratégies vont s’appliquer dans le monde réel [27]. Ces tâches, nous les avons faites nôtres en Wallonie, au-delà des collaborations que nous entretenons avec le Joint Research Centre européen, en particulier sur le projet The Future of Government 2030+, A Citizen Centric Perspective on New Governement Models.

La proposition de créer un Policy Lab est apparue tellement importante au Conseil d’administration de l’Institut Destrée, qu’il a décidé de souligner son propre nom par cette dénomination : Institut Destrée, The Wallonia Policy Lab. Ce choix est porteur de trois messages : le premier, c’est l’opérationnalisation de la prospective, ce qui caractérise le type de prospective porteuse de changement que promeut l’Institut Destrée. Le Certificat d’université qu’il co-organise depuis février 2017 avec l’UMONS et l’Université ouverte à Charleroi s’appelle d’ailleurs Prospective opérationnelle [28]. Le deuxième message est la nécessité d’une expérimentation accélérée d’une nouvelle démocratie plus impliquante, fondée sur une gouvernance d’acteurs ainsi que des outils innovants comme ceux développés au niveau mondial ces dernières années autour du concept de gouvernement ouvert [29]. Le troisième message porte sur l’usage décomplexé de l’anglais et donc sur la volonté d’internationalisation, même si la langue choisie aurait pu être celle d’un de nos dynamiques voisins : l’Allemagne ou les Pays-Bas, voire d’autres. L’accès et l’ouverture décomplexés au monde constituent des nécessités absolues pour une région en redéploiement qui, aujourd’hui, doit plus que jamais se positionner loin des frilosités d’hier.

Parallèlement, arrivée au bout de sa course fin de décembre 2017, la Société wallonne de l’Évaluation et de la Prospective, fondée à l’initiative de l’Institut Destrée et de plusieurs acteurs promoteurs et convaincus de la nécessité de ces outils de gouvernance en 1999, a décidé d’encourager cette nouvelle initiative en patronnant le Wallonia Policy Lab de ses héritages intellectuels et matériels. Cela signifie également que, comme il le faisait à la fin des années 1990, l’Institut Destrée va, au travers de ce laboratoire, prêter à nouveau une grande attention à l’évaluation et à la performance des politiques publiques et collectives qui constitue, bien entendu, un des axes forts du Policy Process.

Conclusion : mettre de l’ordre dans le désordre du futur

Lorsqu’on parle de Policy, on vise une ligne de conduite ou un programme structuré d’actions guidés par une vision de l’avenir (principes, grands objectifs, finalités), qui répond à des enjeux clairement identifiés [30]. Le processus de gouvernance, en vigueur depuis le début des années 2000, a accru la nécessité de mieux appréhender les politiques en y impliquant les parties prenantes. L’interdépendance entre les acteurs est constitutive de l’action politique moderne qui fait passer cette dernière de l’action publique à l’action collective.

Il a été soutenu et répété que, dans les territoires, et en particulier les régions, les portes de l’avenir s’ouvrent par le bas. Patrice Duran, faisant référence au politologue de Princeton Michael Lipsky [31] observait que les changements résultaient plus souvent des gestes quotidiens posés sur le terrain par les fonctionnaires ou les acteurs de la périphérie que des grands objectifs fixés par les grands centres de décision. Nous pensons, nous aussi, avec le professeur français, qu’il ne sert à rien en effet de développer des objectifs ambitieux si on ne peut valablement les traduire en contenu d’action. Autrement dit, c’est moins la formulation des grands programmes qui compte que la détermination des processus à travers lesquels une décision verra ou non le jour et prendra corps [32]. Certes, cela ne s’improvise pas. Un soin particulier doit être consacré à la mise en œuvre sérieuse des objectifs que l’on s’assigne. Construire des policies, c’est – nous l’avons un peu trop oublié en Wallonie ces dernières décennies – articuler avec soin les grandes orientations stratégiques avec la réalité concrète du travail de terrain et y mobiliser la diversité des acteurs qui y règnent [33]. C’est là qu’il s’agit de mettre, en usant de tout son pragmatisme, de l’ordre dans le désordre, pour reprendre la belle formule de Philippe Zittoun [34].

Deux premières initiatives ont d’ailleurs été prises en ce sens. La première fut de transformer, dans une initiative conjointe prise en novembre 2017, une formation-action à la prospective organisée avec la DGO5 du Service public de Wallonie Pouvoirs locaux et Action sociale, en véritable laboratoire de construction par ces fonctionnaires de leurs métiers de demain. La seconde initiative fut, début février 2018, de préparer le panel citoyen « Investir dans les jeunes » organisé à l’initiative du Parlement de Wallonie, par un Policy Lab réunissant des jeunes, afin d’identifier des enjeux de long terme. Dans les deux cas, il s’agissait pour les participants d’être rapides, intellectuellement mobiles, efficaces, proactifs, vifs, opérationnels. Et ce fut le cas. Nous y reviendrons…

Le Wallonia Policy Lab correspond bien à ce moment de notre histoire : celui où l’on passe des grands principes idéologiques à celui de l’expérimentation – au sol – de nouvelles actions collectives et concrètes, en vue de leur mise en application. Cette manière de travailler nous permettra de surmonter, enfin, nos travers endémiques, nos blocages structurels ainsi que nos inerties mentales et culturelles, afin de répondre véritablement aux enjeux qui sont les nôtres. Ce moment où, enfin, on doit se redresser.

 

Philippe Destatte

@PhD2050

 

[1] Voir par exemple la définition de Policy / Politique dans le programme MEANS : ensemble d’activités différentes (programmes, procédures, lois, règlements) qui sont dirigées vers un même but, un même objectif général. Evaluer les programmes socio-économiques, Glossaire de 300 concepts et termes techniques, coll. MEANS, vol. 6., p. 33, Commission européenne, Fonds structurels communautaires, 1999. – Mes remerciements à mes collègues Pascale Van Doren et Michaël Van Cutsem de m’avoir aidé à nourrir et affiner ce texte.

[2] Philippe ZITTOUN, La fabrique politique des politiques publiques, Une approche pragmatique de l’action publique, p. 10sv, Paris, Presses de Sciences Po, 2013. – Thierry BALZACQ e.a., Fondements de Science politique, p. 33, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2015. – Voir la large mise en discussion du concept de policy dans Michaël HILL & Frederic VARONE, The Public Policy Process, p. 16-23, New York & London, Routledge, 7e ed., 2017.

[3] A course or principle of action adopted or proposed by an organisation or individual. Oxford English Dictionary on line.

https://en.oxforddictionaries.com/definition/policy (2 avril 2018).

[4] Edward C. PAGE, The Origins of Policy, in Michael MORAN, Martin REIN & Robert E. GOODIN, Oxford Handbook of Public Policy, p. 210sv, Oxford University Press, 2006. – Brian W. HOGWOOD & Lewis A. GUNN, Policy Analysis for the Real World, Oxford, Oxford University Press, 1984.

[5] Voir le blog de la London School of Economics and Political Science : http://blogs.lse.ac.uk/politicsandpolicy/

[6] Harold Dwight LASSWELL, A Pre-View of Policy Sciences, New York, American Elsevier, 1971.

[7] Aaron WILDAVSKY, Speaking Truth to Power, The Art and Craft of Policy Analysis, Boston, Little Brown, 1979.

[8] Joint Services Command and Staff College (JSCSC), maintenant enseignant au King’s Collège à Londres.

[9] William H. PARK, Policy, 4, in Jay M. SHAFRITZ Jr. ed., Defining Public Administration, Selections from the International Encyclopedia of Public Policy and Administration, New York, Routledge, 2018.

[10] M. HILL & F. VARONE, The Public Policy Process…, p. 20. – Patrice DURAN, Penser l’action publique, p. 35, Paris, Lextenso, 2010.

[11] We note that policy approaches tend toward contextuality in place of fragmentation and toward problem-oriented not problem-blind perspectives. H. D. LASSWELL, A Pre-View of Policy Sciences…, p. 8.

[12] Oxford Handbook of Public Policy…, p. 6.

[13] Yehezkel DROR, Training for Policy Makers, in Handbook…, p. 82-86.

[14] Ibidem, p. 86sv.

[15] Edward C. PAGE, Policy without Policians, Bureaucratic Influence in Comparative Perspective, Oxford, Oxford University Press, 2012.

[16] Philippe DESTATTE, L’élaboration d’un nouveau contrat social, dans Philippe DESTATTE dir., Mission prospective Wallonie 21, La Wallonie à l’écoute de la prospective, Premier Rapport au Ministre-Président du Gouvernement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2003. 21 http://www.wallonie-en-ligne.net/Wallonie_Prospective/Mission-Prosp_W21/Rapport-2002/3-2_nouveau-contrat-social.htm – Steven A. ROSELL e.a., Governing in an Information Society, p. 21, Montréal, Institute for Research on Public Policy, 1992.

[17] Patrice DURAN, Penser l’action publique, p. 77, Paris, Lextenso, 2010.

[18] Thus, it demands that we consider all the actors and locations beyond the « core executive » involved in the policy making process. David RICHARDS & Martin J. SMITH, Governance and Public Policy in the UK, p. 2, Oxford University Press, 2002.

[19] P. DURAN, Penser l’action publique…, p. 76-77.

[20] Ph. DESTATTE, Bonne gouvernance : contractualisation, évaluation et prospective, Trois atouts pour une excellence régionale, dans Ph. DESTATTE dir., Evaluation, prospective et développement régional, p. 7sv, Charleroi, Institut-Destrée, 2001.

[21] Ph. DESTATTE, Plus de démocratie et un meilleur développement, Rapport général du quatrième Congrès La Wallonie au futur, dans La Wallonie au futur, Sortir du XXème siècle : évaluation, innovation, prospective, p. 436, Charleroi, Institut Destrée, 1999.

[22] Philippe MOREAU DEFARGES, La gouvernance, p. 33, Paris, PuF, 2003.

[23] Gilles PAQUET, Gouvernance : mode d’emploi, Montréal, Liber, 2008.

[24] Policy analysts use the imperfect tools of their trade not only to assist legitimately elected officials in implementing their democratic mandates, but also to empower some groups rather than others. Oxford Handbook of Public Policy…, p. 28.

[25] Behavioural Insights is an inductive approach to policy making that combines insights from psychology, cognitive science, and social science with empirically-tested results to discover how humans actually make choices. Since 2013, OECD has been at the forefront of supporting public institutions who are applying behavioural insights to improving public policy. http://www.oecd.org/gov/regulatory-policy/behavioural-insights.htm

[26] Voir par exemple Paola COLETTI, Evidence for Public Policy Design, How to Learn from Best Practice, Palgrave Macmillan, New York – Houndmills Basingstoke UK, 2013.

[27] EU Policy Lab, a collaborative and experimental space for innovative policy-making, Brussels; European Commission, Joint Research Centre, 2017.

[28]  www.institut-destree.org/Certificat_Prospective_operationnelle

[29] Philippe DESTATTE, Qu’est-ce qu’un gouvernement ouvert ?, Blog PhD2050, Reims, 7 novembre 2017,

https://phd2050.wordpress.com/2017/11/09/opengov-fr/

[30] Sur l’identification des enjeux : Charles E. LINDBLOM, Policy-making Process, p. 12-14, Englewood Cliffs, NJ, Prentice-Hall, 1968.

[31] Michael LIPSKY, Street Level Bureaucracy, New York, Russel Sage, 1980.

[32] Patrice DURAN, Penser l’action publique, p. 48, Paris, Lextenso, 2010.

[33] Jeffrey L. PRESSMAN & Aaron WILDAWSKY, Implementation, Berkeley CA, University of California Press, 1973. – Susan BARRETT & Colin FUDGE eds, Policy and Action, Essays on the Implementation of Public Policy, London, Methuen, 1981.

[34] Ph. ZITTOUN, op.cit., p. 326.