Quand les Liégeois ont la bougeotte : le Grand Liège en 2037 (2)

Ce texte constitue la suite de la mise au net de mon exposé au terme du colloque prospectif Liège à l’horizon 2037, organisé au Palais des Congrès de Liège par l’association Le Grand Liège, le 21 janvier 2017. La première partie rassemblait les constats émis par les deux panels tournés sur l’avenir de Liège à l’horizon 2037 piloté par Jacques Pélerin, président du Comité exécutif du GRE-Liège, et  par Philippe Suinen, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Wallonie et de l’Institut Destrée. Cette deuxième partie énonce une série de propositions concrètes formulées par ces tables rondes.

Esquisser de nouveaux chantiers ambitieux, et y répondre collectivement

Ces chantiers devront être précisés, affinés, préparés, avant d’être réellement ouverts. Ils ne naissent pas non plus de rien et bourgeonnent aussi probablement sur des initiatives qui sont en train de se construire. Là, Le Grand Liège devra probablement venir en appui, en alliance, en allié, de ce qui est peut-être déjà en émergence ou en cours.

  1. A nouveau, au centre de ces chantiers, nous voyons l’idée puissante d’une université du futur, qui réconcilie véritablement la communauté universitaire et la société liégeoise, dans laquelle l’université s’affirme comme un lieu d’apprentissage complètement différent de ce qu’il est aujourd’hui, un grand smart learning center : apprentissage mental, apprentissage technologique, apprentissage linguistique, en étant orienté citoyen, volonté réaffirmée à la fois par les ténors de l’Université Albert Corhay et Eric Haubruge, et par Pierre Labalue, CEO de LetsGo-City, aussi. Les jeunes attendent en effet la réponse à leurs besoins de formation et d’émancipation.
  2. Parmi ces chantiers, le moindre n’est pas l’importance de renforcer notre image à l’étranger, de répondre au déficit d’image que certains perçoivent et auquel Liège Together s’attache déjà avec beaucoup de détermination. La meilleure façon d’exister dans la modernité reste d’apparaître comme un lieu de création de valeurs dans la mondialisation, valeurs positives immatérielles, valeurs matérielles en excédents pour favoriser la cohésion sociale, ici bien sûr, mais aussi avec les nations et régions moins développées qui ont besoin de notre cohésion. Cela paraît un projet plus motivant qu’être un lieu d’autarcie, de contraction et de repli. Ce que bien sûr nous ne sommes pas, mais dont la tentation nous menace constamment.
  3. Comment faire nôtre la langue des voisins pour investir l’espace eurégional, qui est un marché ? Comment valoriser au mieux pour Liège les outils de la capitale économique de la Wallonie – et Liège ne doit jamais oublier qu’elle l’est – ? Il s’agit d’un atout dans le quotidien du traitement des dossiers. La SRIW à Liège, on sait que cela existe, à côté de Meusinvest ou d’autres institutions plus liégeoises, et on y a recours. Mais peut-être pourrait-on valoriser davantage cette image et cette réalité d’être la capitale de la Wallonie, d’être davantage un des phares de cette région. L’arrivée prochaine du siège de l’AWEX à Liège devrait renforcer ce positionnement.
  4. Sortir de l’inadéquation des compétences, a dit Marie-Kristine Vanbokestal, c’est anticiper. Quels seront les métiers de demain ? Comment articuler les acteurs de l’éducation et de la formation ? Comment valoriser à notre profit les outils collaboratifs ? Prôner davantage les parcours des individus – étudiants, chercheurs, travailleurs, enseignants -, pour que chacun améliore ses compétences, en accroissant les interactions entre la société et le système éducatif, comme l’a souligné le recteur Albert Corhay. La Cité des Métiers et les dispositifs mis en place par l’Université et par le Pôle académique Liège-Luxembourg devraient y contribuer. Il s’agit de travailler davantage comme le Pays de Galles a pu le faire dès le début des années 2000, – et que nous avions du reste proposé au Gouvernement wallon en 2004 – et aussi ce que la loi El Khomri met en place aujourd’hui au travers du compte personnel d’activité et en particulier du compte personnel de formation, c’est-à-dire valoriser davantage les compétences des porte-folios individuels, pouvoir se présenter à tous au travers de ces compétences. Il s’agit de dynamiques qui démontrent que l’éducation est un investissement et que, si on casse les silos, si on décloisonne l’emploi, la recherche, la formation, si on collabore réellement entre institutions au profit des parcours des personnes, on peut changer les mentalités et on peut créer des dynamiques de progrès. C’est probablement en cette matière que la marge de manœuvre des institutions liégeoises est la plus grande, c’est-à-dire que l’on peut aller davantage sut la coordination, sur la collaboration, sur le rapprochement, mettre les gens autour de la table pour aller davantage vers l’un ou vers l’autre. Car, de l’extérieur, même s’ils sont nombreux et s’ils sont dynamiques, il est rare de voir les Liégeois parler d’une seule voix, plusieurs intervenants l’ont souligné.
  5. Le vieillissement actif comme source de développement apparaît comme un axe moteur de redéploiement. Yves Henrotin, professeur de pathologie générale à l’ULg et CEO d’Artalis, a fort bien expliqué quelles sont les bases d’une réflexion comme celle-là : le passage possible en Wallonie du coefficient de vieillissement (ou taux de dépendance vieillissement) de 90 à 160 à l’horizon 2030 [1]. Les 300.000 personnes de plus anticipées à ce moment en région liégeoise pourraient constituer un foyer potentiel d’activités. Ainsi, en écoutant Yves Henrotin, on pourrait, pour éviter la déprise, rebondir positivement sur un projet de type Liège-Seniorfriendly (Liège amie des seniors), c’est-à-dire se demander comment on pourrait rassembler des éléments disparates, de technologies ou d’aménités au travers d’un projet de ce type en mobilisant les capacités robotiques, les biotechnologies, le thermalisme, l’encadrement médical, ambulatoire ou social, au travers des smartcities, les slow-mobilities, etc. au profit d’une société qui est vieillissante. Une task force pourrait être créée à cet effet.
  6. Parallèlement, il existerait également, une Liège-Youthfriendly, projet où les jeunes commenceraient, depuis la maternelle, à se former régulièrement pour, a dit Yves Petre, être à haut niveau tant en français qu’en calcul à l’âge de 12 ans. Et on sait que la préoccupation de la ministre Marie-Martine Schyns, qui était présente au Grand Liège, est de la même nature. Peut-être pourrait-on dès lors imaginer une expérience pilote liégeoise en cette matière ?
  7. L’idée d’un grand projet industriel inscrit dans la société de la connaissance et répondant à ces problématiques d’âges a été avancée avec une certaine force. Il s’agirait de mobiliser des compétences en matière de santé, de génie mécanique, de mobilité, du numérique, etc. Ce projet pourrait constituer un axe complémentaire des projets de renouveau liégeois. Il pourrait s’inscrire dans une logique de convergence des technologies, rassembler l’Université, Biowin, Mecatech, Agoria, l’Union wallonne, le CCI, Meusinvest, etc. avec la question : quel pourrait être, sur ces bases, le grand projet industriel que l’on pourrait faire émerger autour d’une cinquantaine de PME ? Peut-être ce projet existe-t-il déjà au niveau de la recherche ? Dès lors, il s’agira de contribuer à l’industrialiser.
  8. Alain Lesage et Luc Chefneux faisaient justement remarquer que la plupart de ces projets ont une véritable cohérence et des effets systémiques. Lorsque, d’une part, nous évoquons le développement de services aux seniors et que, d’autre part, avec Yves Petre, l’on conçoit l’idée de développer l’usage de la voiture électrique – c’est l’idée de Liège-Electricfriendly, la ville la mieux équipée pour accueillir les voitures électriques -, on constate qu’il existe des relations évidentes entre ces projets. Ainsi, les premières « lignes » de voitures électriques sur les axes latéraux de Liège pourraient-elles trouver demain leur vocation dans la mobilité des seniors ?

Faire converger les technologies, marier les idées et les projets, pourraient constituer les maîtres mots d’une nouvelle façon de concevoir l’avenir de Liège.

Ces avant-projets, que j’ai voulu mettre en évidence parmi le grand nombre d’idées avancées par les participants aux deux tables rondes ont ainsi, chacun, des dimensions d’internationalisation et de développement économique potentiels. Je répète qu’un certain nombre de chantiers sont peut-être déjà ouverts et que, dès lors, ils peuvent être encouragés par le Grand Liège et ses partenaires.

grand-liege_philippe-destatte_2017-01-21Photo Le Grand Liège

Conclusion : les Liégeois ont la bougeotte

Ce qui a été dit par François Honhon est important : cette idée de travailler à 20 ou 25 ans, de manière générationnelle, de se reporter sur le long terme, d’essayer de créer des dynamiques communes. Et de l’enseigner à nos enfants pour qu’ils développent une culture du long terme et de l’anticipation. Cette idée rejoint un des projets heureusement soutenus par le ministre Jean-Claude Marcourt et qui viennent d’être approuvés par le Gouvernement de la Communauté française : celui qui porte sur le Young Foresight : l’enseignement de la prospective aux jeunes. Ce projet interuniversitaire, réunissant les universités de Liège, de Mons et de Louvain-la-Neuve autour de l’Institut Destrée, a vocation à s’interroger sur la manière de permettre aux jeunes de se projeter dans 15 ou 20 ans pour anticiper les mutations et construire leur propre trajectoire dans ce monde en évolution qu’ils vont eux-mêmes parcourir. En effet, on ne peut pas baser la manière dont on va appréhender la société uniquement sur l’expérience des anciens. Nous devons apprendre à coloniser le futur, à le comprendre pour s’y mouvoir. Cela demande évidemment une mentalité prospective, des attitudes adéquates et quelques méthodes qui peuvent être acquises comme un bagage à emporter dans sa vie et celle de la société à laquelle on participe. Nous pourrons en dire davantage dans les mois qui viennent.

Il faut donc valoriser les capacités anticipatrice et créative des jeunes. On a souligné, ce qui m’a rendu particulièrement heureux, que finalement cette dynamique prospective doit déboucher sur la stratégie. Je le répète constamment : une prospective qui n’a pas vocation au changement structurel, à la métamorphose, à la transformation, à l’action, du territoire, de l’entreprise ou de l’organisation, n’a pas de sens.

Qui dit prospective dit stratégie. C’est pourquoi le président de NMC, Yves Noël, a repris l’exemple, le modèle de la Communauté germanophone. Nous sommes quelques-uns à observer et à essayer de valoriser ces expériences, nombreuses, qui en Communauté germanophone ont réussi, notamment à l’initiative du ministre-président Karl-Heinz Lambertz, et qui pourraient être transposées en Région wallonne. C’est particulièrement vrai dans le domaine de l’éducation. Or, Liège est plus proche de Eupen que Namur. Liège devrait probablement davantage regarder ce qui se passe dans la Deutschsprachige Gemeinschaft pour s’en inspirer utilement.

C’est sur le mot de confiance que je voudrais terminer. Car cette idée a été soulignée et mise en avant à de nombreuses reprises. Confiance dans les organisations et entre les organisations qui agissent à Liège et pour Liège, confiance envers l’Université et envers toutes les institutions qui ont été mentionnées : tous ces acteurs du quotidien liégeois comme la SPI, le GRE-Liège, Liège-Together, etc. sont ceux qui peuvent être les acteurs dynamiques du renouveau liégeois s’ils veulent bien se faire confiance les uns les autres. Et se poser constamment cette question : que voulons-nous faire ensemble ? Bouger, bien sûr. Concrétiser ce besoin liégeois de renouveau. En se donnant quelques priorités fortes : l’enseignement de très haut niveau dès le plus jeune âge, la visibilité et l’attractivité internationales de la métropole, l’incubation d’un projet majeur d’entreprise de niveau mondial dans un domaine de pointe, un modèle entrepreneurial de qualité qui assure le bien être des seniors.

Ce renouveau liégeois, le Grand Liège veut y contribuer, dans le respect de ses partenaires, et avec le volontarisme qui est le sien.

Philippe Destatte

https://twitter.com/PhD2050

[1] Le coefficient de vieillissement ou taux de dépendance vieillesse est le rapport entre le nombre de personnes âgées de 65 ans ou plus et le nombre de personnes âgées de 15 à 64 ans.

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